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samedi, 02 février 2013

Chronique de la violence "marseillaise" ordinaire...

Marseille : agressions sans ordonnance

Un généraliste roué de coups pour sa voiture, un rhumatologue violemment frappé pour un mot mal compris... les médecins libéraux sont de plus en plus victimes d'une société malade de ses incivilités

Publié le mardi 29 janvier 2013 laprovence.com

Merci à Léni

 

Il a suffi d'un mot mal interprété pour que son arcade sourcilière explose sous un violent coup de tête rageur. Vendredi 18 janvier dernier, le docteur Philippe Aba, éminent rhumatologue marseillais exerçant dans un cabinet médical du Canet (14e), avait pourtant accepté de recevoir sa patiente, malgré un retard considérable.

"Entre deux rendez-vous normaux", a-t-il simplement prévenu, avant de se faire casser la figure au beau milieu de la salle d'attente, par le fils de la patiente, estimant que sa mère avait été traitée "d'anormale"... Les hôpitaux ne sont plus les seuls réceptacles de la violence ordinaire.

Depuis quelques années, la médecine libérale n'est plus épargnée par"l'agressivité sociétale". Le cabinet médical n'est plus seulement ce sanctuaire où l'on vient se faire soigner. Certains saisissent le moindre prétexte pour se défouler.

Une attente trop longue ou un refus d'arrêt de travail suffisent à insulter, voire à rouer de coups celui qui est censé apaiser vos souffrances. Sans compter les vols ou agressions crapuleuses qui se multiplient. "Dans les Bouches-du-Rhône, en deux ans, les agressions ont explosé. On est malheureusement au-dessus de la moyenne nationale", déplore le docteur Jean-Claude Gourheux, responsable régional de l'Observatoire pour la sécurité des médecins et membre du conseil national de l'Ordre.

Trois fois plus de signalements d'incidents en 2 ans

Selon les dernières statistiques, trois fois plus de signalements d'incidents auraient été effectués en 2012 par rapport à 2010. "On est passé de 12 à 36 signalements, souligne le Dr Gourheux. Si l'augmentation est considérable, le chiffre est faible par rapport à la réalité. Trop de médecins victimes ne déposent pas plainte ou ne nous préviennent pas. Par philosophie, manque de temps ou peur des représailles".

"Pourtant, poursuit le Docteur Zattara, président de l'Ordre des médecins dans les Bouches-du-Rhône, ils doivent savoir que l'Ordre est à leur côté et que, désormais, nous nous constituons partie civile à chaque fois".

Créé en 2002, l'Observatoire pour la sécurité des médecins, qui dépend du Conseil national de l'Ordre, est un outil peu connu des praticiens. Censé mener des actions de prévention et de sensibilisation, il a intensifié son activité par la signature en 2011, au niveau départemental, de protocoles de sécurité avec les ministères de l'Intérieur, de la Justice et de la Santé. "Désormais, le médecin indépendant est mis au même niveau que le médecin hospitalier, se félicite le Dr Grourheux. La mission de service public de la médecine libérale est reconnue".

Dans le courant de l'année 2013, afin de provoquer un électrochoc, une vaste campagne de sensibilisation sera menée. De petits films, réalisés sous l'égide de la Police nationale, décrivant des situations à risque, seront mis à disposition des médecins. "Une dynamique de construction sécuritaire est en marche. L'État a pris conscience du danger si les médecins, inquiets pour leur sécurité, décidaient d'un droit de retrait. On ne peut décemment pas dispenser des soins dans la terreur. Malheureusement, regrette le Dr Gourheux, la détérioration des valeurs sociétales est allée plus vite..."

Et c'est en zone urbaine que les tensions sont les plus vives : 50 % des incidents ont lieu en ville et 31 % en banlieue. "Dans les campagnes, le respect de l'art médical, est encore préservé, analyse-t-il. Mais en zone urbaine, on est confronté à des individus de plus en plus exigeants qui veulent obtenir ce qu'ils viennent chercher, comme au supermarché".

Les Bouches-du-Rhône dans le top 5 des départements impactés par l'insécurité

En première ligne : les généralistes, dans 62 % des cas. Ils essuient des insultes (62 % des signalements) ou des coups (13 %). "Nous avons aussi observé une hausse constante des agressions de femmes médecins", poursuit le Docteur Gourheux. Dans la moitié des cas, ce sont les patients qui se montrent agressifs, directement envers les médecins (90 %)ou leurs collaborateurs (10 %). "Il y a urgence à réexpliquer le rôle du médecin et sa place dans la société", martèle le responsable régional pour l'Observatoire. En attendant, les libéraux s'organisent.

Certains truffent leur cabinet de systèmes d'alarme tandis que d'autres jugent plus prudente une installation en groupe. "Cette insécurité est lourde de conséquences, prévient le docteur Bernard Le Douarin, coordonnateur national de l'Observatoire. Sur l'installation des médecins au sein des territoires sensibles et donc, sur l'accès aux soins des patients les plus démunis". Si la Seine-Saint-Denis reste en tête des départements les plus impactés par l'insécurité, en 2012, les Bouches-du-Rhône arrivent dans les cinq premiers.

 

 

 

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