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vendredi, 28 septembre 2012

Avec le Qatar, la France touche le fond(s)

Du FN au Front de gauche, le fonds du Qatar suscite le scepticisme

Le Monde.fr | 27.09.2012

 

Par Alexandre Lemarié (avec AFP)

En novembre 2011, l'Association nationale des élus locaux pour la diversité avait lancé un appel public au riche émirat pétrolier, suscitant des protestations de l'extrême droite qui dit craindre une "islamisation" des banlieues.

 

Il faut "éviter toute implication religieuse ou communautariste dans les projets financés par le Qatar comme par tout autre pays", rappelle Ville & Banlieue de France, jeudi 27 septembre. Comme les prouvent les "réserves fortes" mises en avant par l'association d'élus de banlieue, le projet de fonds qatari d'aide aux territoires déshérités en France a beau avoir été modifié par le gouvernement, il suscite encore de fortes critiques dans la classe politique.

Sous la houlette du ministre Arnaud Montebourg, ce fonds, qui avait déjà suscité une polémique en novembre 2011 avant d'être suspendu, a vu son objet élargi et n'est plus destiné uniquement aux banlieues. Doté de 100 millions d'euros, il devrait soutenir des projets d'entrepreneurs également en zone rurale, et surtout être cofinancé à parité par l'Etat français et le privé.


Plutôt que de faire appel au riche émirat pétrolier du Qatar, il faut que "l'Etat français soit en première ligne pour réduire les inégalités devenues insupportables entre les territoires", demande Ville & Banlieue, qui rappelle sont attachement à la"République laïque". L'association souhaite également que le maire "soit partie prenante aux côtés de la région et de l'Etat dans le choix des dossiers retenus".

Une commission d'attribution doit être mise en place pour juger de la pertinence des dossiers. Le ministère du redressement productif y associera l'Association nationale des élus locaux pour la diversité (Aneld) mais aussi l'Association des maires de France (AMF) et l'Association des régions de France (ARF).

LE PEN À L'ATTAQUE, L'UMP "VIGILANTE"

Défendu par la majorité, le projet du Qatar a fait l'objet d'attaques à droite : le député UMP Lionnel Luca, de la Droite populaire, a demandé mardi la constitution d'une commission d'enquête sur l'action de l'émirat en France. Dans une lettre au président de l'Assemblée nationale, Claude Bartolone, le membre du collectif situé à l'aile droite du parti d'opposition estime que la création d'un fonds cofinancé par Doha "n'aurait rien de préoccupant si le Qatar était un Etat démocratique laïque, ou même un Etat religieux non prosélyte". Mais, selon le député UMP, "il s'avère que cet Etat pratique un islam intégriste, qu'il encourage également partout dans le monde, ce qui n'est pas sans poser une certaine inquiétude sur la nature réelle de ses investissements dans notre pays"

Le secrétaire général de l'UMP, Jean-François Copé, s'est dit lui, "pas opposé" à la création de ce fonds, mercredi, lors de son point de presse hebdomadaire, estimant tout de même qu'"il faut être vigilant", en exerçant "un contrôle sur l'origine des fonds et en veillant à ce qu'il n' y ait pas de dérive communautaire".

Fin 2011, sous la président de Nicolas Sarkozy, l'ancien projet avait été reporté, afin d'éviter son instrumentalisation politique pendant l'élection présidentielle. La présidente du FN, Marine Le Penavait accusé le Qatar "d'investir massivement"sur une base communautaire dans les banlieues, où vivent de nombreux musulmans. Elle a de nouveau qualifié lundi de "faute politique majeure" et "de cheval de Troie de l'islamisme" le fonds qatari, y voyant aussi une remise en cause de l'"indépendance" nationale.

"PARTENARIAT MIEUX CONTRÔLABLE"

M. Bartolone a défendu, jeudi, sur France Inter, le nouveau projet du ministère du redressement productif. "Compte tenu de la proposition nouvelle qui est faite par le gouvernement – un fonds 50 % français et 50 % qatari – avec une orientation qui n'est plus du tout le ciblage particulier sur les quartiers populaires, (...) il peut yavoir un partenariat mieux compris, mieux ciblé et mieux contrôlable", a-t-il estimé, interrogé sur le sujet par un auditeur.

"Que l'extrême droite soit dans son délire du complot, c'est son fonds de commerce et cela a peu d'importance car la réalité est bien différente", a rétorqué lundi sur RTL le député centriste UDI de Seine-Saint-Denis, Jean-Christophe Lagarde, appelant la France à arrêter "de se faire peur""Il ne s'agit pas de passerde l'argent pour contrôler quoi que ce soit. Mais d'investir dans de jeunes créateurs d'entreprises ou des entreprises qui ont le besoin de se développer là où le système bancaire français ne le fait pas", a expliqué celui qui est aussi président du groupe d'amitié France-Qatar de l'Assemblée.

"Il n'y aura pas de critères communautaires. L'ambassadeur du Qatar m'a toujours dit, depuis un an et demi : qu'on s'appelle Christian, Mohamed ou Ziad, cela n'a aucune espèce d'importance. Ce sont avant tout des hommes d'affaires qui placent de l'argent et veulent un retour", a-t-il assuré.

"COLONISATION PAR L'ARGENT", DIT MÉLENCHON

De son côté, le leader du Front de gaucheJean-Luc Mélenchon, s'est aussi insurgé mercredi contre le fonds qatari, décrivant l'émirat comme "une espèce d'avatar d'un système monstrueux" de "colonisation par l'argent""La présence du Qatar dans les banlieues est l'enfant de la politique pourrie de contractions des dépenses de l'Etat, de refus de services publics et de l'ouverture des marchés financiers", a-t-il dénoncé lors de "Questions d'Info" LCP-France Info-Le Monde-AFP.

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