Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

vendredi, 24 août 2012

Audacieuse création littéraire

Le Point.fr - Publié le 22/08/2012 à 12:56 - Modifié le 22/08/2012 à 17:11

L'éditeur des "Bienveillantes" de Jonathan Littell publie un "éloge littéraire d'Anders Breivik", l'auteur de la tuerie d'Utoeya.

Richard Millet

Richard Millet © Baltel/Sipa


"J'ai toujours eu du mépris pour les discours dominants", nous déclarait-il en janvier 2009 alors que nous l'interrogions avec Franz sur La confession négative, livre où il racontait une guerre au Libanqui fut peut-être la sienne (cf. Le Point n° 1897). Ajoutant que "vivre, c'est s'occuper de la merde", et qu'"écrire, c'est la remuer". 

En cette rentrée littéraire, Richard Millet s'y emploie avec obstination : il publie trois livres (1). Le premier, Intérieur avec deux femmes, annonce le parfum. C'est un récit qui commence par cette phrase "J'étais encore un homme respectable" et qui culmine dans une joute de regards entre le narrateur blanc et "trois Noirs" pour une "jeune blonde". Dans le deuxième, un essai, De l'antiracisme comme terreur littéraire, Millet écrit qu'"il n'y a pas plus de racisme en France que de fruits d'or aux branches des arbres" et que "notre époque est ravagée par cette obscénité : la doxa ­littéraro-immigrationniste". Bigre.

Sens du timing surprenant

Le troisième, en apparence plus sensé, plus intéressant aussi, s'intitule "Langue fantôme" et disserte avec mélancolie sur l'appauvrissement de notre langage, la perte d'influence de la littérature face à la "communication" et "l'enfer logorrhéique et narcissique des réseaux sociaux". Mais en apparence seulement, car il ne peut s'empêcher les jeux de mots sur "la littérature [qui] parle souvent petit nègre" et de marteler son obsession de la "pureté". Et, surtout, il est suivi d'un Éloge littéraire d'Anders Breivik, publié avec un sens du timing surprenant pour quelqu'un qui se flatte d'écrire en dehors des modes et de l'actualité. Breivik, l'homme qui l'été dernier a assassiné, en fredonnant, 69 adolescents sur l'île d'Utoeya, sera jugé ce 24 août. 

Qu'y lit-on ? Que Breivik est "sans doute ce que méritait la Norvège et ce qui attend nos sociétés qui ne cessent de s'aveugler". Sur quoi ? "Les ravages du multiculturalisme", "l'islamisation de l'Europe" et son renoncement à "l'affirmation de ses racines chrétiennes". Que Breivik, enfin, "est tout à la fois bourreau et victime, symptôme et impossible remède". On se pince... Et on est triste pour cet homme qui avait du style et le gâche dans des propos suicidaires. On ne fera pas mieux aimer la littérature, ni même le "génie du christianisme", en accordant sa compréhension, sinon son absolution, à un tueur d'adolescents. Quand bien même, sans que l'on comprenne vraiment le rapport, ce tueur, comme l'écrit Millet, "aurait pu être écrivain".

Publié dans Blog | Commentaires (0) |  Facebook | | |

Les commentaires sont fermés.