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samedi, 11 août 2012

Jean Marie LE PEN: Un homme du peuple qui est entré dans l'Histoire et qui n'en sortira pas.

Jean-Marie Le Pen, la première victoire du para

Par Guillaume Perrault lefigaro.frPublié le 05/08/2012 
Jean-Marie Le Pen, en janvier 1956, est élu député du département de la Seine. Il entre <br/>à l'Assemblée nationale avec 51 autres députés poujadistes
Jean-Marie Le Pen, en janvier 1956, est élu député du département de la Seine. Il entre 
à l'Assemblée nationale avec 51 autres députés poujadistes
 Crédits photo : STF/AFP


LEUR PREMIÈRE CAMPAGNE - Le président d'honneur du Front national a fait ses premières armes électorales à 27 ans, sous les couleurs du mouvement de Pierre Poujade, qui voyait en lui «le drapeau tricolore planté sur le tiroir-caisse».

C'était en 1955, sous une autre République, la IVe République finissante.Jean-Marie Le Pen aime à raconter sa pre­mière campagne électorale au visiteur venu le rencontrer dans sa thébaïde de Montretout, à Saint-Cloud. L'atmosphère se détend alors. L'interlocuteur écoute, médusé, ces souvenirs lointains. Le fondateur du Front national cesse un moment d'inquiéter et devient l'oncle Paul racontant ses «belles histoires».

En 1955, Jean-Marie Le Pen a 27 ans et est inconnu du grand public. C'est la France de l'après-guerre. Le pays a relevé ses ruines. Les derniers tickets de rationnement alimentaires ont été supprimés en 1949. La vie est rude mais le chômage presque inexistant. L'exode rural débute dans un pays où un habitant sur trois vivait encore de la terre. Les trente glorieuses commencent. Ancien président de la corporation des étudiants en droit de Paris, Le Pen s'était porté volontaire pour l'Indochine. Sous-lieutenant, arrivé au Vietnam peu après la chute de Diên Biên Phu et la fin de la guerre en juillet 1954, il regagne la métropole l'année suivante. Cette expérience suscite chez lui une grande hostilité envers les gouvernements de la IVe République, qu'il accuse d'avoir «fait tuer 80.000 soldats français et indochinois pour finalement abandonner l'Indochine».

C'est alors que l'ancien parachutiste est présenté à un homme dont toute la France de l'époque parle: Pierre Poujade. Papetier à Saint-Céré (Lot), Poujade a pris la tête d'une jacquerie d'ampleur nationale qui oppose les commerçants et artisans aux contrôleurs du fisc. Fort en gueule, pourvu d'un bagout à toute épreuve, il remplit des stades entiers. Le créateur de l'Union de défense des artisans et commerçants (UDCA), qui compte 400.000 adhérents, se prétend le défenseur des «petits» humiliés par les «gros» et des travailleurs indépendants menacés par les mutations de l'économie.

«Sortez les sortants!»

Mais le même Pierre Poujade n'hésite pas à se livrer à des attaques ad hominem à caractère antisémite contre Pierre Mendès France. Personnage controversé, Poujade veut présenter des candidats aux législatives et cherche à élargir son audience. Il propose au sous-lieutenant démobilisé d'être candidat. «Vous serez le drapeau tricolore planté sur le tiroir-caisse», lance Poujade à Le Pen, qui accepte le défi. C'est alors qu'intervient un coup de théâtre qui prend de court tous les partis politiques. Le 2 décembre 1955, le président du Conseil, Edgar Faure, renversé par les députés, riposte en obtenant du président de la République, René Coty, la dissolution de l'Assemblée nationale pour en appeler à l'arbitrage des électeurs. Des législatives anticipées sont annoncées pour le 2 janvier 1956.

Dans tous les états-majors politiques, c'est le branle-bas de ­combat. Le Pen se présente dans le premier secteur du département de la Seine, qui réunit les six arrondissements de la rive gauche de Paris. Il espère bénéficier de sa notoriété locale dans les milieux étudiants du Quartier latin. Le mode de scrutin alors en vigueur - la proportionnelle intégrale à l'échelle du département - permet aux poujadistes d'espérer des élus. Le slogan de Poujade est aussi simpliste qu'efficace: «Sortez les sortants!»

Aux quatre coins du pays, les commerçants acquis à sa cause s'invitent aux réunions publiques des députés sortants, les invectivent et leur lancent parfois à la figure des cageots entiers de chou farci. Jean-Marie Le Pen, pour sa part, ne se donne pas beaucoup de mal pour convaincre les électeurs de la capitale. «Je crois n'avoir tenu qu'un meeting à Paris», se souvient aujourd'hui le leader d'extrême droite. «J'étais un des seuls candidats poujadistes à avoir l'habitude de m'exprimer en public, assure-t-il. Poujade m'a donc demandé de délaisser ma circonscription pour multiplier les réunions publiques en province.»

Jean-Marie Le Pen participe à une dizaine de meetings dans les départements. Ici, il soutient un autre candidat poujadiste, peu habitué à la tribune. Là, il se rend à la réunion d'un adversaire pour la perturber. «À Nevers, 2000 à 3000 militants poujadistes et moi étions massés dans la salle où devait s'exprimer François Mitterrand, affirme Jean-Marie Le Pen. Ce vieux renard est monté à la tribune et, lorsque la salle a commencé à le huer, il a compris qui nous étions. Mitterrand s'est alors évanoui - ou a feint de s'évanouir -, et a été évacué.»

Le Pen intervient une fois à la radio publique. Ce plus vieil enregistrement de sa voix a été diffusé sur France Inter dans l'émission «Deux mille ans d'histoire», alors animée par Patrice Gélinet. Le ton est déjà martial. «Français et Françaises de moins de 30 ans, c'est à vous que je m'adresse. (…) Par l'union, nous pouvons chasser tous les dirigeants corrompus et incapables. Fraternellement unis, votez tous, Français, le 2 janvier, pour les listes présentées par le mouvement Poujade.»

Le 2 janvier 1956, à la surprise générale, les poujadistes obtiennent 11,4 % des suffrages et 52 sièges. Jean-Marie Le Pen est élu. C'est un des plus jeunes députés, même si le benjamin du Palais Bourbon est un communiste, André Chène, qui a six mois de moins que lui. Le futur candidat à l'Élysée découvre la vie parlementaire de la IVe République. Les figures de l'Assemblée se nomment alors Paul Reynaud, président du Conseil en 1940, le communiste Marcel Cachin, directeur de L'Humanité depuis 1918, le radical Édouard Herriot, inamovible maire de Lyon, et l'avocat Vincent de Moro-Giafferi, ancien défenseur de Landru.

Battu en 1962 par le gaulliste de gauche René Capitant, Jean-Marie Le Pen devra attendre 1986 pour retrouver l'Assemblée nationale, pendant deux ans, à la faveur de la proportionnelle.

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