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vendredi, 09 mars 2012

La désillusion et la température montent dans les cités de la diversité marseillaise

"Les politiciens, ils ne savent rien de ce qu'on vit"

laprovence.com 8/3/12
 

Élèves de l'École de la deuxième chance, ils disent leur rejet du système

 

Ils s'appellent Shelezze, Ali, Farid, Amine, Sana, Marie et Zohara. Ils ont entre 18 et 25 ans, habitent des quartiers qualifiés de sensibles et ont tous vécu, à des degrés divers, les affres de l'échec scolaire. Depuis, aucun n'a dégoté un emploi stable. Ils sont élèves de l'École de la deuxième chance, cet établissement qui tente de réinsérer socialement et professionnellement des adultes sans diplôme ni qualification.

Ce jeudi matin venteux, le petit groupe nous reçoit dans une salle de classe basée chemin de la Madrague (15e), au nord de la ville. Le silence y est studieux, presque pesant : un mélange de curiosité et de détachement poli. Dans l'idée, cette rencontre était destinée à parler de la présidentielle. À prendre le pouls de cette jeunesse déclassée. Eux, les grands oubliés de la campagne. Las, à l'usage, la réalité est sévère. Alors que la plupart sont inscrits sur les listes électorales, le débat ne prend pas"La politique ? Je n'y crois pas et ça ne m'intéresse pas", se ferme Shelezze, une jolie brune de 18 ans. "En 2007, j'ai voulu m'inscrire pour voter", raconte Ali, volubile jeune homme de 23 ans, mais à la mairie, on m'a dit : 'Pourquoi t'es venu ? Ta voix, elle ne changera rien". À ses côtés, bras croisés et air distrait, Farid, 18 ans, admet qu'il ne "regarde jamais les infos, seulement le foot. La politique, j'ai pas le temps d'y penser... Dès fois on en parle au quartier. Mais c'est du vite fait".

"Je ne sais pas si je vais voter"

Heureusement, au fil des minutes, les langues se délient. Et avec elle, le constat, que, plus que de l'indifférence, c'est d'une profonde défiance dont il s'agit. Un verdict implacable pour le personnel politique : "Je ne sais pas si je vais voter", dit Amine, mais ce que je sais, c'est que tous ne racontent que des bobards".Un rejet qui n'épargne aucun des deux principaux candidats : "Hollande, il va faire couler le pays. Sarkozy, j'aime pas sa manière d'attaquer les sans-papiers", coupe ZoharaEt se double d'une condamnation des élus locaux : " À la Savine, on les voit tous les 5 ans, juste avant les élections", ironise Ali.

"Pourquoi ils ne viennent jamais, sinon ? Ils croient qu'on va les manger ?". Et d'enfoncer : "Ces gens n'ont aucune idée des conditions dans lesquels on vit. Comment voulez-vous qu'ils nous représentent ?". Une parole brute qui raconte, encore, le sentiment d'exclusion : "La dernière foisj'ai vu les images du meeting de Sarkozy", embraye Farid, Dans la salle, y'avait que des blancs ! Je me suis dit 'oh, c'est vraiment à Marseille que ça se passe ?'". L'anecdote a le don de faire réagir Sana : "Hollande, il est quand même plus social. Sarkozy, il n'aime que les riches".

"Comment croire en l'avenir ?"

Mais il y a pire, peut-être. L'idée partagée ici que le vote n'a aucune prise sur le réel : "Moi, je veux faire esthéticienne, raconte Marie, 19 ans, mais à chaque fois que je vais voir un employeur, il me rejette car je manque d'expérience. Pourtant, si je ne commence jamais, comment je vais avoir des bagages ? Les politiques ne feront jamais rien contre ça". Visage émacié, Amine s'emporte : "Je suis prêt à tout accepter comme boulot. Mais malgré ça, on me répète en boucle que c'est la crise. Que je suis encore jeune. Comment croire en l'avenir ?". D'un ton désinvolte, Zohara tranche dans le vif : "Il ne faut avoir confiance qu'en soi. L'État, il peut rien pour nous".

Une sentence paradoxale. Car en creusant, c'est ce même État qui est régulièrement appelé à la rescousse. "Il faut nous aider, aider les jeunes !", implore Ali.  La conséquence dir"Depuis 10 ans, au niveau des transports et des structures, le sud de Marseille s'améliore. Mais chez nous, au nord, ça empire . Il n'y a pas de boulot. Les parents sont dégoûtés. Personne ne s'en sort".ecte ? Quand t'es ado et que ton père peut pas te filer 10 euros pour acheter une cannette et un sandwich, tu vas vers le trafic ou le vol. À Marseille, ça devient très chaud... Quant à la police, chez nous, tu ne la vois que quand il y a des morts. Sinon, tu peux les appeler pendant des heures, ils ne se déplacent jamais...".

La discussion touche à sa fin. Le regard doux, Sana confie d'une petite voix : "Vous savez, je suis mère. Pour mes enfants, je suis optimiste. Mais pour moi, je n'y crois plus. J'ai tenté ma chance. Je n'ai rien trouvé. C'est fini". La résignation, à 25 ans.

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