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samedi, 13 juillet 2013

Le Holp-up permanent c'est maintenant !

Pouvoir d'achat : le temps des sacrifices

 
MARSEILLE / PUBLIÉ LE VENDREDI 12 JUILLET 2013 laprovence
 

Les augmentations attendues du prix de l'électricité, l'inflation à la hausse et d'autres

charges moins visibles, pèsent sur le quotidien des Français.

 

C'est une équation aux nombreuses inconnues où l'on regarde son porte-monnaie mais aussi les comptes de la France. Les annonces qui s'accumulent présagent mal pour notre pouvoir d'achat. Et le plan de grands travaux du Premier ministre ne va pas immédiatement créer de l'activité, donc de la consommation.

L'électricité

Elle va augmenter de 5 % le premier août prochain et de 5 % en août 2014. Même si le gouvernement parle de "lissage sur plusieurs années" et d'"investissement nécessaire pour le nucléaire", et des "tarifs sociaux" cela fait une belle jambe aux Français qui sont piégés par leurs prélèvements mensuels. Les associations de consommateurs trouvent la hausse trop rude "avec un impact certain sur le pouvoir d'achat".

Le livret A

Pour calculer le taux du livret A, on retient soit les taux des prêts entre banques et l'inflation, soit en ne retenant la seule inflation, selon la solution qui offre le meilleur taux. Comme les prêts sont au plus bas niveau historiques, l'utilisation du seul chiffre de l'inflation majoré d'un quart de point, comme le prévoit l'arrêté officiel, donne 1,05 %. Arrondi, cela donne 1 %, bien plus bas que les 1,75 % actuel. S'il est adopté. Car ce serait le taux de rémunération le plus bas jamais connu pour le placement phare des Français. Pas forcément jouable pour le gouvernement qui tranchera. Et les ménages ne sortiraient pas forcément leur cagnotte pour consommer. Le livret A est devenu une assurance pour les coups durs ou les dépenses imprévues qui ne sont pas couvertes.

La hausse des prix

Elle atteint 0,9 % en juin sur un an, avec une accélération car en mai, on en était à 0,8 % sur un an. Sur juin, la hausse est de 0,2 %. Dans le détail, étonnamment, les prix des carburants ont baissé sur un an (-1,4 %) mais les produits alimentaires ont augmenté de 1,8 % en un an et en juin, les prix de l'hôtellerie, des transports aériens, de certains services liés aux vacances sont en hausse. Cela aura forcément un impact sur les dépenses des Français en vacances et au-delà.

Les dépenses invisibles

Car au-delà même des "contrats fixes" sur l'énergie, la téléphonie, internet, les services financiers fort peu transparents des banques... qui réduisent chaque mois la marge de manoeuvre des ménages, il y a des médicaments déremboursés auquel on ne peut renoncer et qu'il faut payer de sa poche, des dépenses annexes d'hospitalisation que les mutuelles - quand on en a une - ne couvrent pas ou mal.

Ou ces efforts de solidarité demandés aux retraités avec des prélèvements qu'ils n'avaient pas jusque-là. Sans parler des craintes sur l'évolution du quotient familial ou la possible hausse des impôts en 2014. Il y a donc la réalité des charges et un malaise global de la population. Qui ne desserra pas dans ce contexte les cordons de sa maigre bourse quand l'économie en aurait besoin.


"Une mutuelle ? Je ne peux pas me la payer !"

Ils prennent le frais "parce que ça ne coûte rien" sous les arbres centenaires du parc Longchamp ou autour de la "Boule Vallier" à Marseille. Ils parlent de leur quotidien qui s'étiole. Jacqueline Barat, 80 ans, sur un banc du plateau Longchamp parle "de ces retraits pour 'remboursement de la dette' sur la retraite de son mari". "J'ai peu travaillé, j'ai élevé mes trois enfants. Nous vivons essentiellement sur la pension de mon mari qui était dans l'hôtellerie. Je ne comprends pas ces prélèvements initiés par Sarkozy comme la politique de Hollande. Il ne va pas remonter le pays en nous privant."

Elle n'a pas de portable, ni internet à la maison et pourtant, elle doit "faire attention quand le loyer est payé". "À nos âges, nous pouvons avoir un souci de santé et pourtant, nous ne pouvons pas nous payer de mutuelle. Nous nous privons de loisirs mais pas encore de nourriture." Pudiquement, elle reconnaît que "ce sont plutôt ses enfants qui les aident que l'inverse".

"Il faut bien s'entraider"

Quelques bancs plus loin, il y a Yvonne Ardouin, 82 ans, coquette "dans une robe qui a pourtant 20 ans". "J'ai été employée de maison, puis en invalidité et je touche 700 euros de retraite par mois, raconte-t-elle. Heureusement que j'ai un petit loyer et que je suis logé par une amie qui ne me mettra pas à la porte. Et heureusement que je suis aux 100 % pour me soigner. Je n'ai pas de mutuelle." Elle parle de l'assurance "trop chère, 250 euros", qu'elle paye pour son logis. Ne lui parlez pas de loisirs. Sa sortie, c'est ce parc "depuis 1963", où elle nourrit les chats et elle "amène le déjeuner tous les jours à Fred, un monsieur de 68 ans parce qu'il faut bien s'entraider".

Pierre Tchertchian, 73 ans, qui travaillait dans le commerce de pièces détachées autos vient se distraire à la "Boule Vallier". "Je vois mes charges s'alourdir sans cesse sans que les retraites n'augmentent. Comment voulez-vous consommer avec ça ? Avant, quand je travaillais, nous partions en vacances en Espagne, en Corse, en Martinique avec ma femme. Aujourd'hui, nous restons là. Et puis, il y a nos deux enfants, nos cinq petits-enfants. Les aider, c'est normal même si nous pouvons un peu moins." Il vit mal qu'on lui "demande des efforts quand l'argent public est mal géré, avec des dérives".

1 franc le kilo de courgettes, contre 2€ aujourd'hui

Assis à côté, son ami Marc Baldarelli, 76 ans, prolonge la conversation. "Heureusement que les boules c'est gratuit parce que pour moi et ma femme les loisirs se restreignent". Ancien agent de service dans l'Éducation nationale, il raconte "qu'avant, de temps en temps en restaurant, c'était tout à fait possible". "On vivait normalement, on faisait tourner le commerce mais plus maintenant à la retraite. Si je vous dis que ça m'agace, je suis poli."

Et il s'indigne des prix des produits alimentaires. "Avant, on payait 1 franc des belles courgettes. Aujourd'hui, c'est 2 euros. Plus de 13 francs ! Et le kilo de belles cerises à 5 euros, ça vous les met à près de 33 francs. Tout cela, ça nous le grignote le pouvoir d'achat."


3 questions aux économistes : "Les perspectives 2014 sont pessimistes"

Marc Touati, président du cabinet ACDEFI et auteur du best-seller "Le dictionnaire terrifiant de la dette", et Jean-Yves Naudet, professeur d'économie à Aix-Marseille Université, ont confié à La Provence leur expertise sur la question de la hausse des prix.

La hausse des prix à la consommation risque-t-elle de se poursuivre dans les prochains mois ? 
Jean-Yves Naudet : Le pouvoir d'achat est étroitement lié à l'augmentation de la production et à l'augmentation des prix. Du côté de la production, l'économie française est en récession, c'est-à-dire qu'on ne crée pas de richesse, donc le pouvoir d'achat ne repart pas. Les prévisions pour l'année prochaine sont pessimistes en matière de croissance car on ne voit pas dans la zone euro de reprise économique à court terme. Et le poids des prélèvements obligatoires pèse de plus en plus sur les ménages. Ce qui compte pour les Français, c'est le revenu disponible après impôts. Il y a de grandes chances que les prélèvements obligatoires augmentent, donc que le pouvoir d'achat soit encore affecté.
Marc Touati : Aujourd'hui, le problème du pouvoir d'achat n'est pas l'inflation mais la faiblesse des revenus, elle-même liée au chômage et couronnée par une augmentation de la pression fiscale. Cela va nuire au pouvoir d'achat des Français jusqu'à la fin de l'année voire même début 2014.

Pendant que les prix augmentent, les revenus des Français stagnent : la relance est-elle en péril ?
J.-Y.N. : Il n'y a pas de relance, le gouvernement espère une reprise. En revanche, la reprise ne dépend pas uniquement du pouvoir d'achat mais aussi des efforts de production. Or, les perspectives des chefs d'entreprise ne sont pas très encourageantes pour les mois à venir. D'autant plus que le FMI indique un ralentissement économique mondial. La France ne pourra donc pas s'en sortir par les exportations.
M.T. : La relance c'est du marketing ! Aujourd'hui, il n'y a rien qui puisse escompter une relance car la zone euro reste fragile, l'euro fort nuit à notre compétitivité et les taux d'intérêts d'obligation d'État augmentent donc ils freinent l'investissement. Nous sommes dans un cercle pernicieux qui va s'intensifier.

Quelles mesures faudrait-il mettre en place pour inverser la tendance ?
J.-Y.N. : Il y a une part psychologique pour que l'économie reparte. Si les acteurs économiques ont confiance, les chefs d'entreprise vont investir. Il faut créer ce climat de confiance et non de pessimisme comme aujourd'hui. Pour cela, il faut remettre de l'ordre dans les finances publiques. Le gouvernement est en train de le faire mais tout cela prend du temps.
M.T. : Il faut que le gouvernement engage un virage à 180 degrés. Tout d'abord, il faut réduire les impôts pour tous c'est-à-dire l'impôt pour les sociétés et les ménages. Dans le même temps, pour éviter une augmentation du déficit public, il est nécessaire de réduire les dépenses publiques de fonctionnement. Ces dernières augmentent de 10 milliards d'euros par an depuis dix ans. Et au niveau européen, il faut que l'euro baisse et que la banque centrale soutienne davantage la croissance.

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