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dimanche, 23 juin 2013

Marseille, les "autorités" sous la menace permanente de la divers- Cité

Marseille : comment Félix-Pyat n'a pas explosé après le meurtre de Yassin

 
MARSEILLE / PUBLIÉ LE DIMANCHE 23 JUIN 2013laprovence
 

Le 14 février, un jeune de Félix-Pyat a été tué par un policier, hors service et fortement alcoolisé

 

 

Cette police prend le pouls des cités. Et lorsque la tension monte dangereusement, elle entre en action. Mais pas avec des casques et des boucliers. Elle, elle agit en toute discrétion. Le 14 février dernier, l'Unité de prévention urbaine (UPU) de la sécurité publique, service unique en France, a joué un rôle capital pour éviter l'explosion de Félix-Pyat, une cité sensible au coeur de Saint-Mauront (3e). "On était au maximum de l'échelle de la violence urbaine de Lucienne Bui Trong. Tous les critères étaient au rouge", rapporte un de ces policiers spécialisé.

Ce 14 février, vers minuit, alors que Marseille dort d'un sommeil profond, l'état-major de la sécurité publique est réveillé par un coup de fil inquiétant. Un jeune de Félix-Pyat vient d'être tué par un policier, hors service et fortement alcoolisé, sur le pas-de-porte d'une épicerie de l'avenue Roger-Salengro. Quelques instants plus tard, l'ami de la victime, fou de rage et de douleur, vient défoncer le rideau métallique du commerce. Il est interpellé sur le champ. À partir de ce moment, du préfet de police aux gardiens de la paix, on retient sa respiration. Surtout ne pas souffler sur les braises. 

"Une fois que ça s'embrase, c'est mort. Il faut donc être hyperactif"
, prévient un autre. Les douze fonctionnaires de l'UPU sont sur le pied de guerre. Mais en retrait. "Dès que nous avons eu connaissance du drame, nous nous sommes fait décrire la situation sur place par nos référents habituels, afin d'évaluer les risques de débordements." Mais la nuit est calme. La nouvelle de la mort de Yassin, 19 ans, ne se répandra au sein de la cité que le lendemain en début d'après-midi. "Là, ça commençait à devenir très chaud. Beaucoup de rumeurs commençaient à circuler, se souvient un fonctionnaire. Il était impératif de rétablir la vérité. Il ne faut pas leur mentir. Il ne faut pas qu'ils sentent qu'on les a trompés." D'heure en heure, la situation devient de plus en plus critique. 

"Dans ce type d'événements, on a trois jours à tenir. Si ça ne flambe pas sous le coup de l'émotion, c'est gagné"
, analyse un autre. La police marche sur des oeufs. On sécurise le commissariat, situé au coeur de la cité, mais en toute discrétion. Pour éviter toute provocation, on évite de voir "du bleu". Spontanément, la salle des jeunes est ouverte afin d'improviser une minicellule de crise pilotée par le centre social. "Là encore, on juge qu'il ne faut pas déplacer, afin de ne pas envenimer les choses. Il faut à tout prix désamorcer", insiste un des anciens du service.

Alors que les policiers de l'UPU prennent le pouls de la cité tous les quarts d'heure, la famille de la victime est reçue à l'hôtel de police. "Parce que la hiérarchie policière tenait à lui témoigner toute sa sollicitude et parce qu'il fallait évaluer la posture qu'elle avait par rapport à l'événement. On leur a expliqué que ça pouvait être récupéré et devenir un prétexte à des débordements."

L'UPU avait vu juste. Même si la famille a très vite fait savoir "qu'elle souhaitait que son deuil soit respecté", la tension monte encore d'un cran la nuit suivante. Selon l'UPU, "entre 22 h et 2 h du matin, le risque potentiel de violences est forcément multiplié". Et ce soir-là, on passe à deux doigts de la catastrophe. Violences verbales, menaces contre le commissariat, volonté d'ameuter, voitures brûlées, appel à la guérilla urbaine, salafistes qui soufflent dangereusement sur les braises.."L'équilibre était précaire mais la tension contenue", précisent les fonctionnaires. Grâce au relationnel, la parole est libérée. Le 3e jour, le corps de Yassin est remis à la famille. 

Un moment de recueillement et d'émotion intense. Si ça se passe bien, c'est gagné ! La police commence à souffler le 4e jour. "Mais on attendait le retour d'Algérie de la famille. On craignait que ledeuil ne soit plus respecté."Finalement, les fonctionnaires de l'UPU attendront le 8e jour avant de se rendre dans la cité. "C'est une des crises les plus graves que nous ayons eues à gérer,concède un de ces policiers. La dernière, c'était aux Oliviers, à l'issue des interpellations des incendiaires du bus, dans lequel a été grièvement brûlée Mama Galledou."

Créée en 1991, à la suite d'une fusillade mortelle entre les auteurs d'un braquage et des policiers qui avait provoqué plusieurs nuits d'émeute dans le 14e arrondissement, l'Unité de prévention urbaine aurait pu disparaître à chaque changement à la tête de la sécurité publique. "Je reconnais que je me posais des questions, avoue Pierre-Marie Bourniquel, le DDSP. Mais à Félix-Pyat, ils nous ont sauvé la vie !"

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