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lundi, 17 juin 2013

Claude "Néant" mais pas pour tout...

Le Point.fr - Publié le 17/06/2013

Sous ses airs discrets et humbles d'éminence grise, l'ancien ministre accumule les casseroles. Que n'a-t-il l'air d'un flambeur ? explique Claire Gallois.


Le 16 mai 2007, jour de l'investiture de Nicolas Sarkozy, nous ne prêtons pas une attention particulière à Claude Guéant, nommé secrétaire général à la présidence. Guéant, devenu aussitôt "Monsieur Touche-à-tout", comme son maître, ne le cède en rien àBrice Hortefeux à qui il succédera au ministère de l'Intérieur et qui osait des blagues douteuses sur les Arabes. ("Il y a des comportements qui n'ont plus leur place dans notre société parce que nous ne les jugeons pas conformes à notre vision du monde", disait-il ainsi lors d'un colloque sur l'immigration le 4 février 2010.) 

À la réflexion, ces paroles sont peut-être prémonitoires des poursuites qui le rattraperont en juin 2013. Soupçonné de corruption, trafic d'influence, abus de bien sociaux, blanchiment, et quoi encore ? Ne pas oublier qu'il est présumé innocent. Et puis vous l'avez bien regardé ? Pommettes roses, costumes bleutés, cheveux plaqués, cravates serrées, pas trace de Rolex, lunettes modèle Sécurité sociale, maintien raide et discret, il a plutôt l'air d'un prix de vertu. Décoré, surdécoré, Légion d'honneur, Mérite, même si cela ne vaut plus un clou. Brillante carrière de haut fonctionnaire, aucun ragot sur des galipettes inappropriées ou autre délit de citoyen lambda. 

25 000 euros d'électroménager

Depuis la Révolution, les ministres de l'Intérieur se partagent en deux catégories : les faire-valoir et les dents longues. Celui-ci se veut serviteur de l'État consciencieux, sans ambition excessive - pas comme Valls qui se voit déjà Premier ministre, et plus si possibilité, et dont la femme refuse de dormir dans le lit de Guéant. Elle dit que ce n'est pas sain pour les enfants. Mais on le persécute, cet homme ! Quelle force d'âme il a ! Il répond à chaque accusation avec un sourire serein. 

Lors d'une perquisition chez lui, on trouve des factures payées en liquide pour 25 000 euros. Mais ce sont des factures d'électroménager et d'équipement de la maison, dit-il. S'il préfère ne pas fréquenter Darty ou Castorama, pourquoi lui reprocher de s'offrir des plaques de cuisson pour cuisine moléculaire ou le détecteur dernier cri du moindre acarien ? Si nous payons notre brosse à dents en liquide, où est le problème ? Les primes de 10 000 euros mensuelles non déclarées qu'il aurait touchées de 2002 à 2004 ? Des fonds dédiés aux opérations de police, à la rémunération d'indics ou aux enquêtes. Qui nous dit qu'il ne s'est pas rémunéré lui-même en participant, tapi dans le maquis, à la traque d'Yvan Colonna ou autre criminel ?

Notre gouvernement exemplaire fait mieux, il fiscalise ces mêmes primes, dites "primes de sujétion particulière"... qui perdurent. 24,8 millions d'euros, répartis entre les membres des cabinets ministériels et du personnel dit "de support", chauffeurs, gardes du corps, coiffeur quotidien de Miss Benguigui, etc. Rien que le ministère de l'Intérieur bénéficie de 1,547 million d'euros. 

Patate chaude

Guéant mérite-t-il sa totale disgrâce ou sert-il de cache-misère à d'autres ? Au moins sept vilaines affaires polluent actuellement la droite comme la gauche. À l'origine, l'argent bien sûr, objet de multiples manipulations, accomplies pour le bien de chaque parti politique, naturellement. Les informations judiciaires s'accumulent, "corruption active et passive, faux et usage de faux, blanchiment, complicité et recel de ces délits". 

Pour revenir à Claude Guéant, cela concerne surtout la période où il devient secrétaire général de la présidence. Dans l'affaire Tapie-Adidas, il est soupçonné d'avoir décidé seul le processus de l'arbitrage, après avoir eu l'aval de Sarkozy en lui ayant à peine exposé l'idée entre deux portes. Où sont les preuves ? Tous les témoins supposés se renvoient la patate chaude : Guéant. On découvre sur son compte un versement de 500 000 euros en 2008. C'est qui, c'est quoi ? Amateur d'art, il a vendu à un avocat malaisien deux petites marines d'un peintre flamand, d'environ 30 centimètres sur 60. Ce que Guéant ignorait, et nous aussi, c'est que la surface du tableau est un élément essentiel de son prix et se détermine en "points". Il est estimé à environ 100 euros du cm2 pour un artiste peu connu. Le compte n'y est pas pour Guéant. Et alors ? Il a fait une merveilleuse affaire, le veinard.

On dit tout sur Guéant. Il se serait mêlé de la libération des infirmières bulgares, aurait été personnellement impliqué dans les hypothétiques fonds secrets venus de Khadafi pour financer la campagne présidentielle. Certes, il a des amis, tel Ziad Takieddine que les scrupules ne semblent pas étouffer, mais Jean-François Copé lui aussi nageait dans la piscine de Takieddine, on a les photos. Et s'il fallait chaque fois obtenir un certificat de moralité pour faire trempette chez un copain...

Suspect

Le vrai chef d'accusation pour Guéant, c'est qu'il a trop d'argent et qu'il n'en a pas la mine. C'est suspect. Il fut l'homme le mieux payé de la Place Beauvau. Possède un patrimoine immobilier conséquent, des placements boursiers intelligents. Depuis 2010, après avoir pris sa retraite de haut fonctionnaire, il est désormais avocat dans un cabinet avenue George-V, où, avec son fils et son gendre, il facture ses avis au consortium Gazprombank au Liban et à des groupes pétroliers d'Afrique centrale.

Pour comprendre ce qui lui arrive, il suffit de relire Molière. Harpagon dit avoir perdu sa cassette contenant des milliers d'écus. Enquête. Le commissaire : "Je vois à sa mine qu'il est honnête homme [...]. Oui, mon ami, si vous nous confessez la chose, il ne vous sera fait aucun mal." Harpagon : " Ciel ! à qui désormais se fier ? Il ne faut plus jurer de rien ; et je crois, après cela, que je suis homme à me voler moi-même."

Voilà peut-être où ils en sont tous. Pauvre Guéant...

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