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mercredi, 27 mars 2013

La Hongrie et Bruxelles pleure!

Pourquoi la Hongrie dérange

Par 

Frédéric Pons  Valeurs Actuelles

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Europe. Forts de leur majorité absolue au Parlement, les dirigeants hongrois réhabilitent la part d’identité et de souveraineté abandonnée depuis 1991. Ces “vieux Européens” acceptent mal les leçons de Bruxelles. On les comprend.

 

Rarement pays démocratique européen aura été autant vilipendé par la gauche européiste et les médias bien-pensants, qui décrivent une situation loin de la réalité observée sur place. La Hongrie n’est pas ce monstre antidémocratique décrit par certains, sauf à considérer que le peuple hongrois n’a pas voté librement en 2010, en donnant la majorité absolue (52 %) au centre droit emmené par l’énergique premier ministre Viktor Orbán, 50 ans, ancien résistant anticommuniste, figure de proue du “souverainisme responsable” en Europe.

Élu pour réinjecter des pans de souveraineté et d’identité hongroises dans les relations avec l’Union européenne, Orbán applique le programme pour lequel il a été élu. Il est pressé car il n’a que quatre ans pour réussir ses réformes. Il paraît brutal car il agit avec la même détermination qu’il mit dans son combat des années 1980 pour la démocratie. C’est aussi un trait de caractère des Hongrois, maîtres du sabre en Europe.

La force d’Orbán et de ses amis du Fidesz, le parti national-conservateur au pouvoir, est de contrôler le Parlement avec une solide équipe de réformistes, plus soucieux des attentes de leur électorat que des oukazes de Bruxelles. « Les précédents gouvernements n’avaient pas tenu compte du peuple, explique Zoltán Balog, le ministre des Ressources humaines. Notre projet prévoit des réformes de structure importantes qui impliquent une refondation intellectuelle et morale. Nous voulons un pays basé sur des valeurs traditionnelles, mais moderne et compétitif. »

Cette “refondation” teintée de populisme chrétien— la Hongrie rappelle ses racines chrétiennes dans sa Constitution — explique le pilonnage qui voudrait faire croire au retour de la “peste brune” sur les bords du Danube. Hormis les opposants, dopés par le soutien actif de la gauche européenne, et les nationalistes extrémistes du Jobbik, engagés dans une surenchère permanente, les Hongrois soutiennent le projet de Viktor Orbán.

« Pour nous, l’Europe, c’est la diversité, les débats, dit avec enthousiasme János Martonyi, le ministre des Affaires étrangères. Nous n’avons pas de leçon à recevoir. Nous sommes de fidèles européens, malgré nos divergences de vues. Nous avons toujours rêvé de vivre dans une Europe démocratique. Il faut être idéaliste pour l’Europe et réaliste pour son pays, ne pas oublier les aspirations des gens ni l’identité nationale. » Pays emblématique de la vieille Europe, modèle européen de la transition démocratique dans les années 1990, la Hongrie a résolument inscrit son avenir dans le cadre de l’Union, où elle est entrée en 2004.

M. Martonyi reconnaît que la nouvelle politique en vigueur à Budapest est plus souverainiste que naguère : « La Hongrie reste un des pays les plus ouverts du monde, où les services financiers sont presque entièrement dominés par les étrangers, les services publics aussi et c’est un problème. Nous avons heurté beaucoup d’intérêts économiques et financiers. On veut nous punir car d’autres pays pourraient suivre notre exemple. Une dizaine d’États… »

Pasteur, militant anticommuniste, Zoltán Balog a la responsabilité de l’équivalent de quatre ministères en France (Éducation, Affaires sociales, Santé, Culture). Son portefeuille des Ressources humaines est sans équivalent en Europe : « Le problème de l’époque soviétique était l’absence de mobilité sociale. Je dois la réintroduire dans notre société et promouvoir l’intégration, jusqu’à la culture qui ne doit pas être réservée à l’élite. » Ce ministre sans cravate est devant un chantier ambitieux : « Mieux répartir les fonds, créer des structures communes, gagner en intégration, assurer une réforme radicale des services de l’État. Une partie de l’Europe ne le comprend pas et prend peur. Pour l’autre partie au contraire, notre droite moderne représente un espoir de changement face à la vieille gauche. »

Le changement, c’est la mise sous tutelle du Conseil des médias (qui chapeaute la profession), du système judiciaire, et de la Banque nationale hongroise MNB, jusque-là indépendante, confiée à György Matolcsy, un proche d’Orbán. Un nouvel amendement à la Constitution, voté le 11 mars à une large majorité (265 voix pour, 11 contre, 35 abstentions), a mis le feu aux poudres. La Cour constitutionnelle a perdu une partie de ses prérogatives. Les pouvoirs législatif et exécutif sont placés au-dessus du pouvoir judiciaire, ce qui traduit la priorité donnée au politique dans la conduite de la nation.

D’autres décisions font croire à un “recul de la primauté du droit” : la possibilité d’expulser les SDF des lieux publics ; la référence à Dieu et au christianisme, pouvant ostraciser les athées et les fidèles d’autres religions ; le droit de vote donné aux Hongrois vivant hors de Hongrie, au risque de tensions avec les pays à forte minorité hongroise (Roumanie, Slovaquie) ; enfin la “nouvelle” définition du mariage, limité à l’union d’un homme et une femme, avec des enfants, un rappel jugé “discriminatoire”.

José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, et Thorbjorn Jagland, secrétaire général du Conseil de l’Europe, estiment que cette modification de la Loi fondamentale « soulève des préoccupations en ce qui concerne le principe de la primauté du droit, le droit de l’Union européenne et les normes du Conseil de l’Europe ».

À Budapest, on reconnaît le “malaise” entre le pays et l’Europe. Mais si on salue les “valeurs communautaires” de l’Europe, on insiste sur la prééminence du droit propre à la Hongrie. « Ce n’est pas qu’une crise économique ou financière, l’Europe a besoin d’un renouvellement moral », dit M.Martonyi, qui évoque le « danger technocratique » en Europe : « Il faut un contrôle démocratique de la technocratie. Nous attachons de l’importance aux valeurs traditionnelles. L’Europe a besoin d’une refondation morale. Elle sera chrétienne ou pas. C’est cela l’identité européenne. »

Le transfert en 2000 de la couronne de saint Étienne sous la coupole du Parlement prouve cette affirmation hongroise de son identité. « Sans chrétienté, notre pays n’existerait pas comme entité politique », rappelle János Martonyi. Il admet que les valeurs chrétiennes sont minoritaires en Europe, mais il ne les croit pas isolées : « Regardez la Pologne, la Lituanie, l’Italie, l’Espagne. Dans notre démarche, seule compte la destinée historique singulière de la Hongrie. »

Amoureux de la France, le ministre des Affaires étrangères en appelle à notre pays : « Nous souhaitons renforcer la présence française en Hongrie, où l’on compte déjà neuf universités avec des enseignants français et 11 milliards d’euros d’investissements français. » Martonyi est aidé dans cette tâche par son dynamique ambassadeur à Paris, Laszlo Trocsanyi, professeur de droit devenu l’infatigable défenseur des positions hongroises sous le feu des critiques journalistiques : « Nous avons chez nous les médias les plus critiques. Près de 90 % appartiennent à l’opposition… »

De notre envoyé spécial à Budapest

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