Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

mercredi, 31 octobre 2012

Bac Nord: Une petite voix au milieu de la meute

Marseille : exclus de la Bac, ils témoignent

 


 

Publié le lundi 29 octobre 2012 laprovence.com

 

 

Au coeur du scandale qui fait trembler la police marseillaise depuis le début du mois, des fonctionnaires, aujourd'hui écartés de la Bac Nord et mis en examen pour "extorsions et vols en bande organisée", livrent leur vérité

 

Ils ont accepté de briser le silence qu'ils s'étaient imposé depuis "l'affaire". Non pas pour s'exonérer de toute responsabilité. Mais juste pour tenter de faire entendre leur petite voix au milieu du tumulte médiatique qui les a déjà condamnés. Être traités de "ripoux", c'est"humiliant". Voir d'anciens collègues, "pas forcément exemplaires", répandre sur les plateaux de télé "des accusations infondées", c'est "choquant". Constater l'indifférence de leur hiérarchie, c'est "blessant". Mais assister à l'effondrement de leur famille, c'est "accablant" !"Révoltant" !

En libérant un peu leur parole, ils espèrent apporter de la nuance. D'autant que, depuis trois semaines, tout le monde en parle. Au café, à la boulangerie... Partout. "On ne peut pas y échapper", souffle, "au bord du gouffre", l'un des policiers de la Bac Nord mis en examen pour "extorsions et vols en bande organisée", placé sous contrôle judiciaire, en déplorant entendre "tout et n'importe quoi !" "Ça fait mal à ma femme, mes enfants, mes parents. On a été salis, bannis de la police, alors qu'on risque notre vie tous les jours pour 2 000  par mois. Pourquoi cet acharnement ?"

"On se bat dehors et dedans. Les enquêteurs font tout pour shooter les affaires"

C'est au cours de leurs quatre jours de garde à vue dans les locaux de l'IGPN qu'ils ont appris la dissolution de leur service, le placement en détention de sept de leurs collègues, "des anciens". Et certains "faits graves" qui auraient été commis. "Ça semble incroyable. On était avec eux tous les jours. On n'a jamais vu personne aller chercher des enveloppes ou, cagoule sur la tête, braquer des dealers ! Ils auraient été reçus à coups de kalach'. Faut arrêter ces délires. Ce sont des légendes urbaines !" Et les écoutes "accablantes", selon le procureur ? Les bijoux ? "Les bijoux ? Ils sont en toc ! Ils vontfinir par le dire quand même !", s'époumone l'un d'eux.

Quand aux écoutes, ils affirment être "au courant depuis 2009"."Dans les voitures, on faisait de la provoc. Ça nous faisait rire cette histoire. Oui, on parle d'argent. Comme de tout et de rien quand on est 8 h dans une bagnole. Après, c'est facilede sortir des phrases de leur contexte !"

Eux, leur faute, ils la reconnaissent sans difficultés : ne pas avoir rédigé de PV de découverte après avoir saisi des cartouches de cigarettes abandonnées sur un trottoir par un vendeur à la sauvette. "Mais qu'est ce qu'on fout au pénal ?, lâche écoeuré un jeune homme, "flic de père en fils"C'est suffisant pour qu'on nous prive de salaire ?'" Alors, oui, ils ont pêché par légèreté sur le plan de la procédure. "Une procédure pénale qu'ils maîtrisent mal d'ailleurs, s'étonne un de leurs avocats. Mais ils ont été recrutés pour leur qualité de terrain pas pour perdre du temps avec la paperasse". D'autant qu'ils doivent ramener 28 affaires, par mois et par brigade, soit deux équipages de 4 hommes.

"Des dérapages, il y a dû en avoir. Mais pas de l'ampleur qu'on tente de faire croire"

"Tout le monde a participé à ce laxisme, y compris la hiérarchie. Elle est tout de même censée savoir ce qui se passe. Ou alors, c'est vraiment inquiétant pour l'efficacité de la police...", pointe un des conseils en assurant que "si ces négligences sont condamnables, c'est sur le plan de la déontologie". Pour la plupart "jeunes recrues", que pouvaient-ils faire pour combattre cette force d'inertie ? "J'imagine mal un jeune gardien de la paix s'ériger en Saint-Just, relève un avocat. D'autant que mes clients avaient de l'admiration pour les "anciens"Ils étaient ravis d'intégrer ce service prestigieux." Alors, forcément, ces "mauvaises habitudes"qu'on subit au début finissent par devenir une méthode de travail. De gré ou de force.

"On se bat dehors, lors des interpellations, et dedans, déplorent-ils. Les enquêteurs font tout pour shooter les affaires. Deux barrettes de shit, personne n'en veut. Alors, on met ça dans un tiroir. C'est une réalité mais personne ne veut la voir !" "On nous reproche quoi ? D'avoir voulu jouer au grand policier ? Mais quand on trouve une kalach, ils sont contents tous, non ? Ils pensent qu'on est tombé dessus par hasard ?" "Il y a beaucoup de fantasmes. Comme on fait du flag, qu'on est les premiers à intervenir, on pense qu'on se sert au passage. Des dérapages, il y a dû en avoir. Mais pas de l'ampleur qu'on tente de faire croire".

La révocation ? Ils ne l'imaginent pas. Même si "passer de l'autre côté" est terrible, même si le bruit de la porte de la cellule qui claque les hante la nuit, ils s'accrochent à leur métier et à leur service. "J'aime interpeller ! Aller où personne ne va. Traquer le petit délinquant comme le grand bandit". En revanche, on les y reprendra plus. "Dorénavant, si je découvre un mégot de cigarette, je rédige un P V ! 

Publié dans Blog | Commentaires (0) |  Facebook | | |

Les commentaires sont fermés.