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samedi, 06 octobre 2012

Bon anniversaire !

Le Point.fr - Publié le 04/10/2012

De 1972 à 2012, Jean-Marie Le Pen et sa fille Marine ont réussi à placer leur parti au coeur du débat et à en faire la troisième force politique de France.

Jean-Marie et Marine Le Pen à Nice, en mars 2012.

Jean-Marie et Marine Le Pen à Nice, en mars 2012. © Boris Horvat / AFP

Dès 20 heures, le champagne de la cuvée spéciale Marine Le Pen 2012 coule à flots. Sous les confettis, la présidente du Front national a les yeux qui brillent et affiche un grand sourire. En ce dimanche 22 avril, Marine Le Pen réalise le score historique de 17,9 % au premier tour de l'élection présidentielle en rassemblant 6,4 millions d'électeurs, soit davantage que son père en 2002. Assis sur une chaise, Jean-Marie Le Pen commente le score du soir, un brin vachard : "Je suis très heureux, mais elle aurait pu faire mieux." Pourquoi ces mots aigres-doux dans la bouche du fondateur du FN ? Cette scène de soirée électorale est révélatrice. Certes, 40 ans après sa fondation, le parti frontiste - qui était alors un groupuscule marginal - s'est imposé comme la troisième force politique en France. Mais il n'a toujours pas gravi les marches du pouvoir. "Finalement, le FN n'a pas atteint ses objectifs puisqu'il n'est pas au pouvoir, mais il s'est implanté durablement sur la scène politique", reconnaissait dernièrement Jean-Marie Le Pen. "Tout de même ! Ce que nous avons réalisé depuis 40 ans avec des fils de fer et des clous rouillés, sans argent, sans média, est objectivement incroyable", confiait-il encore au Point.fr.

"Je ne m'arrêterai plus !"

Retour en arrière. C'est le 5 octobre 1972 que le faire-part de naissance du FN est imprimé officiellement lors d'une réunion, salle des Horticulteurs à Paris. Ce parti est apporté à Jean-Marie Le Pen sur un plateau par les dirigeants du groupuscule fasciste Ordre nouveau qui cherche à élargir son audience et à offrir une vitrine politique présentable aux électeurs. Quand il accepte d'être le porte-drapeau du nouveau parti, Le Pen prévient : "Je ne serai pas une potiche, je ne m'arrêterai plus !" Le FN choisit comme emblème la flamme du MSI, le parti néofasciste italien de Giorgio Almirante. Dans ce mouvement qui aspire à rassembler la "droite nationale", on trouve à la fois des antigaullistes, des anticommunistes, des anciens vichystes, des négationnistes... En juin 1973, Jean-Marie Le Pen devient - à sa grande joie - le seul maître à bord puisque Ordre nouveau est dissous par le ministère de l'Intérieur après de violents affrontements dans le quartier latin entre militants d'extrême droite et d'extrême gauche. "J'ai apporté une cohérence et une présence à la droite nationale. J'ai réussi à unir des gens très opposés les uns aux autres", se vante aujourd'hui ce Breton d'origine.

Après un score de 0,74 % à la présidentielle de 1974, Jean-Marie Le Pen comprend que la respectabilité - qu'il avait érigée en vertu pendant cette campagne - ne paye pas dans les urnes. Il décide alors de reprendre un ton pétaino-provocateur et d'être dans l'opposition extrême. En rejoignant les rangs du FN, l'idéologue François Duprat, un ancien d'Ordre nouveau, lui conseille de privilégier les thèmes oubliés par les grands partis. Pour la première fois, l'immigration s'impose comme cheval de bataille aux législatives de 1978. Alors que l'Hexagone connaît les premiers ravages du chômage, les affiches du FN proclament : "Un million de chômeurs, c'est un million d'immigrés en trop !" et "Priorité aux Français". Loin d'être une grenouille de bénitier, Jean-Marie Le Pen décide opportunément de placer son parti sous la protection de Jeanne d'Arc en 1979 lorsqu'il est sur le point de se rapprocher des milieux catholiques traditionalistes. Politiquement, le FN reste inexistant et survit avec moins de 300 adhérents. (Aujourd'hui, Marine Le Pen en revendique presque 60 000 !)

1983, la percée dans les urnes

Il faut attendre 1983 pour que le FN engrange ses premiers résultats électoraux, profitant de la crise économique qui touche les Français. Dreux - avec ses 23 % d'immigrés et ses 10 % de chômeurs - en devient le symbole lors des élections municipales. Le candidat frontiste Jean-Pierre Stirbois se qualifie au second tour et fusionne avec la liste de droite : cette liste remporte la ville de Dreux avec 55,33 % des suffrages. La victoire marque les esprits : encore aujourd'hui, les frontistes se souviennent, émus, du "coup de tonnerre" de Dreux. L'année suivante, Jean-Marie Le Pen est élu député européen avec neuf autres frontistes. Le FN obtient désormais les suffrages de quelque deux millions d'électeurs. Les médias offrent aussi une tribune à Le Pen qui se révèle être un débatteur et un tribun hors pair. Son passage à L'heure de vérité sur Antenne 2, le 13 février 1984, symbolise son ascension dans les médias. Le Trinitain a même sa marionnette au Bebête Show, moqué tantôt en "Frankenpenn, la chauve-souris d'extrême droite", tantôt en "Pencassine", une Bécassine avec des dents de vampire.

Au fil des années, le parti s'ancre dans la vie politique. En 1986, 35 députés FN entrent au Palais-Bourbon grâce au scrutin proportionnel établi par le président de la République François Mitterrand. En 1992, le FN décroche 239 conseillers généraux. En 1995, son candidat à l'Élysée réalise le score de 15 %. Et pour la première fois, le parti prend le pouvoir dans quatre grandes villes en Provence-Alpe-Côte d'Azur : Orange avec Jacques Bompard, Toulon avec Jean-Marie Le Chevallier, Marignane avec Daniel Simonpieri et Vitrolles avec Catherine Mégret, l'épouse de Bruno Mégret, le numéro deux du FN. Dans les années 1990, le parti prend un tournant social et antieuropéen tout en continuant à se réclamer du libéralisme. L'objectif ? S'adapter à son nouvel électorat qui est plus populaire et ouvrier. Pour la présidentielle de 2012, Marine Le Pen a d'ailleurs poursuivi dans cette voie en défendant notamment les services publics dans les campagnes ou une loi SRU pour les crèches afin de capter les Français "invisibles" et "oubliés" qui habitent dans les campagnes et les zones périurbaines.

1998, l'année noire

Dans les années 1980, il se murmure même que Jean-Marie Le Pen rêve de conclure une alliance avec la droite pour entrer au gouvernement comme ministre de la Défense. Mais dès 1987, il s'isole sur la scène politique en multipliant les dérapages sur les chambres à gaz, "point de détail sur l'histoire de la Seconde Guerre mondiale", et son jeu de mots sur "Durafour crématoire" en 1988. À ce sujet, le Menhir nous confiait récemment : "Quand je suis objectif, je suis vomi. Quand j'ai parlé de l'Occupation en France, je n'ai rien dit d'abominable, j'étais objectif. Pour dire cela, il faut savoir quelle a été l'occupation en Suède !" Il n'y a pas le moindre remords ou regret chez cette bête politique infatigable qui cultive le goût de la provocation. Après la marginalisation, c'est la scission de Bruno Mégret en 1998 qui porte un nouveau coup au FN : plus de la moitié des élus locaux et des secrétaires départementaux quittent le parti. Malgré tout, le FN se remet en selle et parvient à se faire une place au centre de la vie politique en se qualifiant au second tour de la présidentielle en 2002. À ce moment-là, Jean-Marie Le Pen peut constater qu'il est bel et bien devenu le "Diable de la République" : des dizaines de milliers de manifestants descendent dans les rues de France pour crier leur indignation.

Marine Le Pen veut le pouvoir

Après un score décevant à la présidentielle de 2007, Marine Le Pen, la benjamine des filles Le Pen, continue bon an mal an son travail de dédiabolisation du parti. Présidente du FN depuis janvier 2011, elle affirme clairement que son objectif n'est pas d'occuper une tribune, mais d'arriver au pouvoir. "À 40 ans, le FN est devenu un parti de gouvernement. Il est sur le point d'obtenir la confiance des Français", juge l'ex-candidate à l'Élysée. Son père, âgé de 84 ans, regarde sa montre. "Il faut arriver au pouvoir avant qu'il ne soit trop tard. Hélas, nous nous rapprochons dangereusement des échéances dramatiques. Notre pays est engagé dans un processus de décadence", affirme celui qui juge que "l'immigration est devenue une invasion subie par les Français depuis près de 40 ans".

Mais le FN a-t-il les moyens de conquérir le pouvoir ? "Marine Le Pen reste aujourd'hui dans une sorte de no man's land politique. Elle conserve une parole assez libre et peut continuer de polariser le système, mais si elle veut véritablement rentrer au pouvoir, il va falloir qu'elle déradicalise ses positions", juge le chercheur au CNRS Gilles Ivaldi. Certes, elle a les moyens de progresser et de prospérer dans les prochaines années. Elle a la même gouaille et le même talent que son père pour mettre du sel sur les plaies de la société en pointant du doigt l'Europe, l'islamisme ou l'immigration. Elle pourrait aussi profiter de la dose de proportionnelle que François Hollande envisage d'instaurer à la prochaine législative. Pourtant, s'il est au coeur de la vie politique, le FN est toujours marginalisé. Il semble destiné à continuer d'influencer un pouvoir qui lui échappe. Qu'importe ! Pour fêter les 40 ans du parti, les dirigeants frontistes feront la fête ! À la mi-décembre, un grand dîner qui pourrait "réunir plus de 1 000 personnes" sera organisé à l'issue d'un conseil national. "On n'a pas le sou, mais bulles garanties !" se réjouit-on dans les couloirs. 

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