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jeudi, 04 octobre 2012

La devise républicaine de l'UMPS: Liberté, égalité, barabarie !

Le Point.fr - Publié le 04/10/2012

Hervé Gattegno, rédacteur en chef au "Point", intervient sur les ondes de RMC du lundi au vendredi à 8 h 20 pour sa chronique politique "Le parti pris".

Pour Hervé Gattegno, Kevin et Sofiane ne sont pas morts d'une rivalité entre bandes, mais d'un lynchage sauvage prémédité, d'une ultra-violence devenue presque banale.

Pour Hervé Gattegno, Kevin et Sofiane ne sont pas morts d'une rivalité entre bandes, mais d'un lynchage sauvage prémédité, d'une ultra-violence devenue presque banale. © Jean-Pierre Clatot / AFP

Vous revenez sur le terrible crime d'Échirolles, dont les deux victimes, Kevin et Sofiane, ont été inhumées hier. Votre parti pris : Échirolles ou le modèle de désintégration à la française. Que voulez-vous dire ?

Il y a quelque chose d'affreusement pédagogique dans ce fait divers. Ce n'est pas un énième exemple de la crise de l'intégration dans nos banlieues. Kevin et Sofiane ne sont pas morts d'une rivalité entre bandes, ni d'une tension ethnique ou d'un embrigadement religieux. Ils ont été victimes d'un lynchage sauvage, mais prémédité, organisé. Victimes d'une ultra-violence devenue presque banale. Mais d'une façon qui ne peut pas être simplifiée à l'excès - comme nos politiques aiment le faire. C'est un crime qu'on aura du mal à "récupérer".

L'opposition a quand même reproché à François Hollande et àManuel Valls de s'être rendus sur place trop tard - et au gouvernement de mener une politique laxiste contre la délinquance... C'est déplacé ?

Pas déplacé : nul. Ils sont venus 48 heures après les faits ; ils seraient venus la veille, ça aurait changé quoi ? En tout cas, François Hollande était dans son rôle, il a adopté le bon ton. Symboliquement, on peut relever que cet événement s'est produit tout près de Grenoble, là où Nicolas Sarkozy, en prononçant son fameux discours, avait donné un tournant sécuritaire à son mandat. François Hollande, lui, a essayé d'être apaisant. Ce ne sont aussi que des mots, mais pas les mêmes. On voit qu'il y a plus de différence entre eux sur ce sujet-là que sur le traité européen et la règle d'or...

Mais les mots ne suffisent pas. Est-ce qu'on ne peut pas dire que, face à la violence, toutes les politiques ont échoué ?

C'est malheureusement vrai. C'est là qu'il faut parler d'un modèle de désintégration à la française qui progresse - le modèle d'intégration, lui, est en panne. Dans ces quartiers, c'est le désoeuvrement, le chômage, les comportements asociaux qui dominent - et qu'on a laissé prospérer, malgré des litanies de "plans banlieues". Ni la droite ni la gauche n'ont réussi à enrayer la montée des violences - pas plus avec la prévention qu'avec la répression. C'est l'autre évidence du drame d'Échirolles : l'impuissance des gouvernants.

Vous voulez dire tout simplement qu'il n'y a rien à faire ? C'est inacceptable !

Il y a à faire : des actions de long terme, des investissements massifs sur les quartiers difficiles pour l'éducation, l'urbanisme, l'emploi, la sécurité. Mais l'État est pauvre et il y a de plus en plus de quartiers "difficiles"... Nicolas Sarkozy promettait une loi à chaque fait divers - à Échirolles, il aurait proposé d'interdire les manches de pioche ou les regroupements de jeunes dans les parcs... François Hollande a promis "la sécurité, la justice et la réussite". Mais la réussite qui est attendue, c'est d'abord la réussite de l'enquête. Ensuite, celle d'une politique de fond qui reste à inventer. La barbarie est cruellement simple. Mais on ne la combat pas avec des discours simplistes.

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