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vendredi, 31 août 2012

Marseille brûle par ses méfaits...

Marseille : les quartiers nord en proie aux incivilités

Par Aliette de Broqua publié le 30/08/2012 


REPORTAGE - Les quartiers nord viennent encore d'être endeuillés par un règlement de comptes à la kalachnikov. Le quatorzième mort cette année dans la Cité phocéenne

 

" MARSEILLE BRILLE PAR SES HAUTS FAITS"

 

Les quartiers nord viennent encore d'être endeuillés par un règlement de comptes à la kalachnikov. Le quatorzième mort cette année dans la Cité phocéenne. Comme la plupart du temps, la raison est à rechercher du côté du trafic de drogue. Walid Marzouki, l'homme de 25 ans abattu d'une rafale de fusil d'assaut mercredi soir à un feu rouge alors qu'il était dans une Twingo noire conduite par une amie, avait déjà été mis en cause dans des affaires de trafic de stupéfiants.

«On est tous les jours confronté à l'insécurité mais quand les fusillades se passent entre trafiquants, à la limite, cela ne nous dérange pas beaucoup», note un rien résigné Gérard Marletti, président des comités d'intérêt de quartier du XVe arrondissement. L'homme âgé de 67 ans est né ici et habite toujours ces quartiers réputés difficiles. Ils sont constitués d'une mosaïque de cités construites à la va-vite dans les années soixante pour accueillir les rapatriés d'Algérie puis les différentes vagues d'immigration, de quartiers industriels délaissés et d'entrepôts d'arrière-port, mais également de noyaux villageois paupérisés.

Incivilités et vandalisme

Ce qui gêne beaucoup plus les habitants de ces quartiers, ce sont les incivilités, le vandalisme et la petite délinquance qui sévissent en permanence. «Il y a quelques jours, deux voyous en scooter s'en sont pris à un de mes amis de 60 ans. Ils se sont arrêtés à son niveau, se sont jetés sur lui et lui ont arraché sa chaîne en or qui pourtant n'était pas très visible», raconte Gérard Marletti. Il y a également l'incivilité routière, les feux rouges grillés ou les sens interdits pris à contresens, les cambriolages dans les magasins… «On est plus gêné par tout cela que par les règlements de comptes!» conclut-il.

Un patron d'un débit de tabac, Loto et presse de 56 ans ne dira pas le contraire. Sous couvert d'anonymat, il accepte de témoigner: ces derniers mois, il a été braqué à deux reprises. «La dernière fois, ils sont arrivés, à 5 h 50. Ils étaient quatre avec des fusils à pompe. Ils voulaient le coffre. Je le leur ai donné. Il n'y avait que 150 euros», raconte-t-il. Un de ses collègues pas très éloigné s'est fait cambrioler neuf fois en quatre ans!

«Le problème est qu'il n'y a pas assez de police de quartier. Le commissariat est à 200 mètres mais ils ont mis plus d'une heure pour arriver! La seule réponse qu'ils m'ont faite, c'est de me conseiller d'ouvrir une heure plus tard. Résultat, je perds une heure de chiffre d'affaires et je vis dans l'angoisse que cela se renouvelle car la dernière fois j'ai eu de la chance, ils n'étaient pas violents mais ce n'est pas toujours le cas», avoue le commerçant.

Tout le monde pointe l'insuffisance de policiers sur le terrain: «Dans le seul XVe arrondissement où il y a près de 100.000 habitants, soit l'équivalent d'une ville moyenne, il y a 75 fonctionnaires de police nationale. C'est beaucoup moins que Neuilly qui n'a que 60.000 habitants!» s'emporte Gérard Marletti.

En outre, les services publics sont de plus en plus clairsemés: plusieurs bureaux de poste ont fermé et les médecins se font rares. «Quand je me suis installé, il y a vingt ans, il y avait onze kinés, nous sommes sept aujourd'hui. Pour les médecins, c'est la même chose. Depuis le début de l'année, trois sont partis sans être remplacés», souligne Thierry Andreu, kinésithérapeute rue de Lyon, dans le XVe.

Les habitants se plaignent d'être délaissés, abandonnés. «Ces quartiers sont en souffrance avec un abandon des services publics à peu près sous toutes ses formes. Nos locaux ne sont pas dignes et nous avons des problèmes pour financer les postes à demeure avec des subventions qui diminuent chaque année», note Dominique Metatla, du centre social de la cité de La Savine où habitent 3000 personnes. Encore, cette cité bénéficie de ce centre social et d'une plate-forme de services publics où la Caisse d'allocations familiales, la Sécurité sociale ou les assistantes sociales du conseil général tiennent quelques permanences. Personne en revanche ne veut aborder le problème des trafics gangrenant les cités.

«C'est une belle cité. Je suis très heureuse d'y vivre», déclare même Rachida Tir, présidente de l'association Alliance Savinoise. «Je fais tout pour conserver du lien social, de l'entraide entre les gens. Avant d'envoyer l'armée, on ferait bien de nous réparer les ascenseurs qui ne marchent pas et de nous installer des aires de jeux pour les enfants. Si on vit mal dans nos quartiers, ce n'est pas à cause de la délinquance mais parce qu'on est abandonné.» Et puis finit-elle par concéder, «les jeunes font du trafic de drogue parce qu'ils n'ont pas le choix». Sous-entendu, c'est normal!

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