vendredi, 17 août 2012

Justice française vs Justice russe. Taubira vs Poutine.

Le Point.fr - Publié le 17/08/2012 

Trois participants présumés aux affrontements entre jeunes et forces de l'ordre dans la nuit de lundi à mardi étaient jugés en comparution immédiate vendredi après-midi.

Une voiture calcinée à Amiens dans la nuit de lundi à mardi.

Une voiture calcinée à Amiens dans la nuit de lundi à mardi. © Georges Charrières / AFP

Deux prévenus jugés vendredi par le tribunal correctionnel d'Amiens pour avoir mis le feu à des poubelles durant les affrontements du début de semaine dans les quartiers nord de la ville, ont été condamnés à respectivement 10 et 8 mois de prison avec sursis. Le procureur adjoint avait requis 12 mois de prison, dont 6 fermes, et leur placement sous mandat de dépôt. Leur peine a été assortie d'une obligation de suivi psychologique et de chercher du travail, ainsi qu'une amende conjointe de 642 euros. Le troisième prévenu, poursuivi pour avoir appelé les jeunes du quartier à la violence dimanche soir, a vu l'examen de son cas reporté au 12 septembre, à la suite de la demande de son avocat.

Âgés de 20 et 25 ans, les deux hommes condamnés vendredi sont sans emploi et reconnaissent avoir des capacités intellectuelles limitées. Ils avaient tous les deux un casier judiciaire vierge. Ils avaient été interpellés dans la nuit de mercredi à jeudi en flagrant délit alors qu'ils tentaient de mettre le feu à une poubelle. Le plus âgé d'entre eux, qui est sous tutelle, a reconnu à l'audience avoir mis le feu à une poubelle lors de la nuit des émeutes à Amiens-Nord, qui avait fait 17 blessés parmi les policiers et des millions d'euros de dégâts matériels, expliquant avoir agi sous le coup de la "colère" après une déception sentimentale. Le plus jeune a indiqué avoir simplement fait le guet pour son ami cette nuit-là, sans avoir participé aux incendies. Il s'était mis à sangloter au moment des réquisitions du procureur.

Pas de participation aux affrontements 

Son avocat, Me Guillaume Demarcq, s'est déclaré "satisfait" du verdict. "Le tribunal est là pour rendre la justice, il n'est pas là pour faire régner la sécurité. La sécurité, c'est une autre notion, c'est la raison pour laquelle il y a un ministre de l'Intérieur", mais celui-ci "n'est pas procureur de la République", a-t-il déclaré. Selon lui, les peines requises par le procureur n'avaient "rien à voir avec les peines requises habituellement pour des faits strictement identiques", mettant en cause l'"emballement médiatique". 

Le procureur adjoint, Éric Bossuge, avait quant à lui expliqué ses réquisitions par la "dangerosité pour la sécurité qui ne peut être écartée", reconnaissant toutefois que les deux prévenus n'avaient participé aux affrontements "qu'à la marge".

 


par Timothy Heritage et Maria Tsvetkova

MOSCOU (Reuters) - Les trois jeunes femmes du groupe punk russe "Pussy Riot" poursuivies pour avoir chanté un simulacre de prière hostile à Vladimir Poutine en février dans une cathédrale de Moscou ont été condamnées vendredi à deux ans de prison chacune.

Les six mois qu'elles ont passés en détention provisoire seront déduits de leur peine. Le parquet avait requis le 7 août trois ans de prison à leur encontre.

Nadejda Tolokonnikova, 22 ans, Ekaterina Samoutsevitch, 30 ans, et Maria Aliokhina, 24 ans, avaient été jugées coupables vendredi de vandalisme motivé par la haine religieuse.

"Tolokonnikova, Samoutsevitch et Aliokhina ont commis un acte de vandalisme, une grave violation de l'ordre public en faisant preuve d'irrespect évident à l'égard de la société", a déclaré la juge Marina Syrova, qui a estimé que les jeunes femmes avaient été motivées "par la haine religieuse."

Les trois prévenues ont écouté en souriant l'énoncé du verdict et la lecture du jugement, qui a duré près de trois heures, derrière leur cage vitrée.

Un homme présent dans la salle d'audience a crié "honteux!" et des centaines de manifestants présents devant le tribunal ont repris l'adjectif après l'énoncé du verdict.

"Elles sont en prison parce qu'il s'agit d'une revanche personnelle de Poutine", a déclaré le dirigeant de l'opposition Alexei Navalni. "Ce verdict a été écrit par Vladimir Poutine".

"DISPROPORTIONNÉE"

L'ambassade des Etats-Unis en Russie, s'exprimant sur son compte Twitter, dénonce une condamnation "disproportionnée".

Les jeunes femmes avaient pénétré le 21 février dans la cathédrale du Christ-Sauveur à Moscou pour y interpréter, vêtues de cagoules colorées et de jupes courtes, une "prière punk", chantant "Vierge Marie, chasse Poutine, chasse Poutine, chasse Poutine !" et dansant sur l'autel de la cathédrale. Depuis, ce dernier a remporté l'élection présidentielle.

Leur procès a fait les gros titres de la presse internationale et provoqué un tollé chez les opposants à Vladimir Poutine. Plusieurs gouvernements étrangers, des associations de défense des droits de l'homme ainsi que des artistes, à l'image de StingMadonnaPaul McCartney ou des Red Hot ChiliPeppers, ont plaidé en leur faveur.

Signe des tensions soulevées par le procès, des gardes du corps ont été octroyés jeudi à la juge Marina Syrova, à la suite, selon les autorités, de menaces proférées contre elle.

"INÉQUITABLE"

"Je n'ai pas peur de l'imposture d'un verdict dans ce prétendu tribunal au prétexte qu'il peut me priver de ma liberté", avait déclaré au cours du procès Maria Aliokhina. "Personne ne pourra me prendre ma liberté intérieure".

Les trois militantes, qui nient avoir été motivées par la haine religieuse, disent avoir voulu protester contre les liens étroits entre l'Eglise orthodoxe et l'Etat.

Elles s'étaient dites outrées du soutien apporté à Vladimir Poutine lors de la campagne pour la présidentielle par le chef de l'Eglise orthodoxe russe, le patriarche Cyrille.

Leurs avocats ont estimé qu'elles n'avaient pas eu droit à un procès équitable et que le verdict serait "dicté par le Kremlin". Les partisans de Vladimir Poutine démentent toute manipulation de la justice, assurent que les jeunes femmes ont tenu des propos blasphématoires et méritent donc d'être punies pour cet "attentat prémédité contre l'Eglise".

La communauté orthodoxe se montre quant à elle plutôt divisée sur cette affaire, même si elle considère dans sa majorité la "performance anti-Poutine" comme un acte blasphématoire.

Vladimir Poutine lui-même, conscient du fait qu'une lourde peine risquerait de confirmer l'image d'intolérance peinte par les "Pussy Riot", avait suggéré qu'il ne souhaitait pas que les militantes soient condamnées à de trop lourdes peines.

Avec la rédaction de Moscou; Hélène Duvigneau et Marine Pennetier pour le service français, édité par Gilles Trequesser

 

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