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jeudi, 03 mai 2012

Un François en rejoint un autre

Le Point.fr - Publié le 03/05/2012 à 14:19 - Modifié le 03/05/2012 à 22:04

Jeudi, François Bayrou a annoncé qu'il voterait pour François Hollande à titre personnel. Il n'a pas donné de consigne de vote.


Cinq ans après son "ni Sarko-ni Ségo", qui lui a coûté un quinquennat de "traversée du désert", François Bayrou bouscule de nouveau une partie des électeurs centristes. Dix-neuf heures passées, jeudi. À l'issue du conseil national du MoDem, il entre avec vingt minutes de retard dans la salle de presse, au QG de son parti. Il peaufinait son texte. Accompagné de la fidèle Marielle de Sarnez, de Robert Rochefort, Bernard Lehideux, ou encore Bernard Bosson, il s'apprête à annoncer ce qui a déjà été présenté par une partie de ses troupes comme "une décision historique". Bayrou s'installe à son pupitre, accorde "trente secondes aux photographes". Puis attend le calme complet pour se lancer : "J'ai examiné depuis deux semaines l'évolution de l'élection, au travers de la lettre que j'ai adressée aux deux candidats, de leurs réponses, des interventions publiques et du débat d'hier soir..."

Rappelant qu'il appartient "à un courant politique soutenu au premier tour par plus de 3 millions de Français", l'ex-candidat centriste, qui sort d'une journée entière de "confrontations amicales, passionnantes et respectueuses", prévient : "Au sein de cette formation, il est des sensibilités diverses, et c'est naturel." C'est donc "soumis au choix forcément impitoyable de la bipolarisation" qu'il s'exprimera, à titre personnel. Comme prévu, Bayrou ne donnera pas de "consigne générale de vote".

L'obsession de l'immigration 

Et de commencer par une très lourde charge contre la "ligne violente" choisie par Nicolas Sarkozy entre les deux tours de la présidentielle. D'un ton solennel, pesant chacun de ses mots, il lance : "Après un bon score de premier tour, (il) s'est livré à une course-poursuite à l'extrême droite dans laquelle nous ne retrouvons pas nos valeurs, dans laquelle ce que nous croyons de plus profond et de plus précieux est bousculé et nié dans son principe. L'obsession de l'immigration dans un pays comme la France, au point de présenter dans son clip de campagne un panneau Douanesécrit en français et en arabe, qui ne voit à quels affrontements entre Français cela mènera ? L'obsession des frontières à rétablir (...), qui ne voit que cela conduit à la négation du projet européen auquel le centre et la droite, autant que la gauche modérée, ont donné des décennies d'action et de conviction ?" Pour François Bayrou, le président sortant est entré "en contradiction avec les valeurs qui sont celles de son courant politique", mais aussi "du gaullisme, autant que celles de la droite républicaine et sociale". Il évoque une "rupture" au sein du peuple français, et qui sera "l'histoire de cette élection".

Dans un deuxième temps, le candidat centriste annonce, sans enthousiasme particulier, son soutien à François Hollande. "Je ne veux pas voter blanc, cela serait de l'indécision. Reste le vote pour François Hollande. C'est le choix que je fais." Et de prévenir : "S'il en reste à la gauche classique et à son programme, je serai un opposant, dans une opposition vigilante et constructive." Il sera applaudi des deux mains par les soutiens présents, à la fin de l'annonce de ce soutien. Un soutien personnel, donc, par défaut, et "vigilant". "Mais soutien quand même...", soupirait déjà un partisan du "ni-ni" juste avant la déclaration du "patron".

Bayrou change la donne au centre

Car s'il a très vite voulu montrer ses distances - "J'ai dit ce que je pensais de son programme économique", "je ne suis pas, et je ne deviendrai pas un homme de gauche" -, c'est bel et bien ce que l'on retiendra de cette journée. Son appel à "l'unité nationale", son appel aussi à "la droite républicaine", eux, passeront sans doute inaperçus. C'est en tout cas ce que certains soutiens sceptiques confiaient à la sortie du conseil national, quelques minutes plus tôt. Tous veulent le croire : "Rien n'a été dealé" avec le PS. Ni pour les législatives ni pour le gouvernement. Pour un partisan du "ni-ni", qui reste interloqué, voire inquiet pour les candidats MoDem du mois de juin et pour les électeurs centristes, il ne peut s'agir que d'un choix "humain", "intime", "de conviction". "Il s'est laissé tenter par l'audace", croit-il savoir. "La lettre pitoyable de Borloo, hier, ça a pu le dégoûter du centre droit", ajoute-t-il encore. Le président du Parti radical s'est en effet adressé à François Bayrou, mercredi soir, pour tenter de le convaincre de soutenir Nicolas Sarkozy, tout en exprimant lui-même des réserves sur sa campagne de l'entre-deux tours. 

Pour Jean Arthuis, président de l'Alliance centriste, qui avait soutenu François Bayrou pour la présidentielle, il est clair que ce choix de François Bayrou signe la fin de la possibilité d'un rassemblement au centre et au centre droit. Les deux hommes avaient déjà eu un vif échange la semaine dernière alors qu'Arthuis s'apprêtait à annoncer son soutien à Nicolas Sarkozy. 

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