samedi, 28 avril 2012

A vouloir courir plusieurs lièvres à la fois, on se retrouve au pôle emploi..

A droite, de plus en plus de voix dénoncent "la course à l'échalote" de Sarkozy avec le FN

Le Monde.fr | 27.04.2012 

Par Alexandre Lemarié

 

Nicolas Sarkozy, lors d'un meeting au Raincy (Seine-Saint-Denis), le 26 avril 2012.

 

Le ton très droitier employé par Nicolas Sarkozy pour convaincre les électeurs duFront national suscite de plus en plus de réserves dans le parti majoritaire. Depuis le soir du premier tour, des voix s'élèvent pour rappeler les valeurs humanistes des centristes de l'UMP, et pour dénoncer la stratégie adoptée par le président-candidat.

Lire : Les modérés de l'UMP mettent en garde M. Sarkozy contre une droitisation extrême

L'ancien premier ministre Dominique de Villepin se dit ainsi "effrayé" par la campagne pour le second tour, jugeant dans une tribune publiée dans Le Mondeque "les lignes rouges républicaines sont franchies une à une" dans "le débauchage sans vergogne des voix extrémistes". Sans citer Nicolas Sarkozy, il met en garde la droite contre "le poison mortel" qui la "menace" : "celui du reniement de ses valeurs, celui du sacrifice de ce qui fait notre identité".

Lire : La droite m'effraie, la gauche m'inquiète !

Interrogé par Le Monde, l'ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin, représentant de "l'aile humaniste" de l'UMP, ne dit pas ouvertement qu'il ne partage pas la ligne politique suivie par M. Sarkozy. Mais il le fait comprendre entre les lignes en déclarant, dans un entretien publié dans Le Monde du 26 avril : "Si j'exprimais aujourd'hui des réserves, j'affaiblirais mon camp."

Lire : Raffarin : "Le temps de l'analyse viendra après le 6 mai"

Le sénateur UMP Jean-René Lecerf, proche de M. Raffarin, prend moins de pincettes. "Les valeurs du FN ne sont pas les nôtres. Et toute démarche à l'égard du FN me paraît inutile", a déclaré l'élu du Nord vendredi dans un entretien au site de Public Sénat. Il refuse la stratégie consistant, selon lui, à "faire la course à l'échalote avec le FN", se disant "sidéré que Patrick Buisson, dont on sait d'où il vient [l'extrême droite], puisse être un conseiller privilégié du chef de l'Etat".

IL "SE TROMPE" DE STRATÉGIE

Même son de cloche chez le député UMP Etienne Pinte, proche de François Fillon. Ce dernier juge dans un entretien à Mediapart que Nicolas Sarkozy "se trompe" de stratégie en reprenant les thématiques chères au FN, et estime que l'aile modérée du parti présidentiel doit "avoir le courage de le dire" et de "luimontrer ce désaccord". Selon l'élu des Yvelines, "la stratégie du premier tour est un échec".

Etienne Pinte explique d'ailleurs que le premier ministre est face à un dilemme."C'est une épineuse affaire, c'est très compliqué pour lui. Mais pour le moment, il arrive à s'en tirer en défendant son bilan". En cas de défaite de M. Sarkozy,"certains collègues ne pourront pas continuer à se taire".

"DROIT DANS LE MUR"

Pour l'instant, aucun membre du gouvernement n'a encore exprimé son malaise en public. Campagne oblige. Mais si le candidat UMP s'incline face à François Hollande, des voix devraient se faire entendre"Le temps de l'analyse viendra après le 6 mai", prévient M. Raffarin.

Un ministre a bien pesté contre la ligne adoptée par M. Sarkozy. Mais anonymement. "Avec ses conneries, il va nous envoyer droit dans le mur", s'agaçait ce membre du gouvernement au soir du premier tour, selon Le Parisien

Ce sont surtout d'anciens ministres UMP qui ont pris leurs distances nommément, disant tout haut ce que d'autres pensent tout bas. C'est notamment le cas deRenaud Donnedieu de Vabres. L'ex-ministre de la culture (2004-2007) de Jacques Chirac estime que la "stratégie choisie par Nicolas Sarkozy" consistant à aller"vers le Front national" va le mener "à l'échec", et assure que "le malaise est évident" au sein de la majorité, dans un entretien jeudi à La Nouvelle République.

"MIRAGE DOULOUREUX"

La prise de position la plus remarquée est venue de Chantal Jouanno. Au lendemain du premier tour, l'ancienne ministre des sports de M. Sarkozy a expliqué "craindre que la droitisation ne soit qu'un mirage douloureux", demandant"un discours beaucoup plus équilibré dans le choix des thèmes de campagne et dans les mots utilisés". "La droite doit rester elle-même et porter ses propres valeurs", insistait la conseillère régionale d'Ile-de-France et sénatrice UMP de Paris.

Lire : Pour Jouanno, la "droitisation" de Sarkozy est "un mirage douloureux"

Le président du conseil général des Hauts-de-Seine, Patrick Devedjian, avait été le premier à mettre en garde M. Sarkozy contre une droitisation extrême de sa campagne d'entre-deux-tours. Dès dimanche soir, l'ancien ministre a lancé un appel contre la tentation de courir après les voix du FN : "L'extrême droite n'est forte que quand la droite est faible, quand elle n'a pas sa propre pensée, sa propre vision du monde."

Lire : Devedjian appelle Sarkozy à ne pas droitiser sa campagne

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Commentaires

Sarkozy poursuit la stratégie entamée en 2009-2010 qui avait pour seul objectif le "re-syphonnage" des voix lepénistes afin de virer en tête au premier tour.
Toute son énergie a été consacrée à lutter contre l'émergence de Marine. Contrairement à ce qui est dit par les "analystes", je ne pense pas que cette stratégie a fait progresser Marine en décomplexant ses électeurs. Je pense au contraire qu'elle l'a empêchée de le devancer le 22 avril. Les courbes des sondages montrent que Sarkozy a repris depuis février plusieurs points d'intentions de vote à Marine au moment de son entrée en campagne sur un discours axé sur les thématiques traditionnelles.
Ceci est pour nous encourageant car celà signifie que nous avons une belle marge de progression. Sarkozy quittant la scène dans 10 jours, ses électeurs patriotes abusés par sa personnalité et sa stratégie nous rejoindront car seul le FN perpétuera la lutte contre l'immigration et pour les valeurs traditionnelles. Copé, Fillon, Juppé ne pourront pas adopter ce positionnement de course aux électeurs du FN.

Un second élément qui nous a desservi est la manipulation des sondages pré-électoraux. En laissant supposer que "Merluchon" pouvait être le 3ème homme devant Marine à 13 %, beaucoup d'indécis ont abandonne le vote Mariniste. Un récent article de la Provence démontrait scientifiquement le caractère auto-réalisateur des sondages. Si Marine avait été évaluée à sa juste valeur, elle aurait agrégé quantités de votes supplémentaires. En fait, une prise de conscience a eu lieu le 22 avril à la découverte des résultats. Ceux qui ne nous avaient pas rejoint car ne croyant pas à la puissance de notre vote ont dû le regretter. Si nous revotions dimanche, Marine serait sans doute au delà de 20 %.
Autant d'éléments d'espérance qui, je le crois, se concrétiseront mi-juin.

Écrit par : simianais | samedi, 28 avril 2012

J'ai lu une approche sociologique qui me semble assez fine des résultats du 22 avril.
Je m'interroge en effet depuis dimanche sur les scores excellents que Marine a obtenu en zones "périphériques" et une certaine déception pour les zones urbaines. Je trouve des réponses dans l'analyse de ce géographe, pourtant de gauche (mais cité par Zemmour).

http://www.slate.fr/story/54109/fn-stupide-gauche-guilluy

Écrit par : simianais | samedi, 28 avril 2012

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