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samedi, 28 avril 2012

Crise de Duhamélite aigüe: Rassurez-vous, ce n'est pas contagieux !

De quoi Marine Le Pen est-elle le nom ?

Par ALAIN DUHAMEL libération 27/4/12

Il ne faut pas se raconter d’histoires : avec 17,9% des suffrages exprimés, Marine Le Pen a remporté une grande victoire électorale. Elle a fait mieux que son père en 2002 (16,86%) lorsqu’il s’était qualifié pour le second tour de l’élection présidentielle. Elle a une fois de plus démenti les sondages qui la sous-estimaient. Elle a, grâce à la participation élevée, rassemblé 1 million de voix de plus que le record précédent du Front national.Pire : même si cela coûte de l’écrire, elle a fait preuve tout au long de la campagne d’un charisme évident avec une éloquence efficace, avec une présence physique, une combativité, un culot d’enfer, une endurance hors du commun. Marine Le Pen n’est pas seulement la fille de son père, pas seulement une héritière. C’est un leader-né brutal, violent, simpliste, entraînant, terriblement dangereux.

La voilà installée pour longtemps sur la scène politique française, à la tête de ce qui est décidément devenu la troisième force politique, bien loin devant le Front de gauche (même si celui-ci réussit une belle percée), plus loin encore devant les vestiges du centrisme. Arithmétiquement, c’est elle qui a réalisé la prouesse la plus éclatante de l’avant-premier tour.

Politiquement, la question qui se pose est : de quoi Marine Le Pen est-elle le nom ? La réponse directe est : une nouvelle extrême droite, plus dangereuse encore que la précédente. La présidente du Front national a réussi le lifting de sa formation. Jean-Marie Le Pen, lui aussi puissamment charismatique, fonctionnait sur le registre de la nostalgie. Son antisémitisme irrépressible, sa xénophobie obsessionnelle défigurait constamment, de son propre fait, ce qui était en réalité un refus de l’histoire, la passion du passé : l’empire colonial, la première armée du monde, une société strictement hiérarchisée, un Etat faible, une fureur constante portée par des dons de tribuns hors du commun. C’était la survivance de la vieille extrême droite, ranimée par la crise - déjà -, par son talent personnel et par le refus du monde contemporain : l’Europe, les marchés (Jean-Marie Le Pen avait été élu en 1956 député poujadiste), la solidarité sociale. C’était une idéologie crépusculaire dont son sombre talent captait les derniers feux.

Avec Marine Le Pen, on passe de l’idéologie expirante à la sociologie émergente. Ce qu’elle incarne, c’est un ultranationalisme prolétarien. Il s’agit toujours bel et bien d’extrême droite mais d’une nouvelle extrême droite, typique du début du XXIe siècle, née en Europe des convulsions répétées de la crise. Naturellement, tout comme son père, elle récuse le qualificatif d’extrême droite. Balivernes : si elle n’est pas l’extrême droite, qui donc siège à sa droite ?

Quant à sa thématique de campagne, quant aux ressorts de son électorat, ils sont sans équivoque. Marine Le Pen a trouvé la nouvelle formule de l’extrême droite contemporaine. Pour cela elle a modifié son image : aucun dérapage, aucune provocation à la manière de son père. Elle se veut quadragénaire moderne, divorcée et mère de famille, ayant toujours travaillé et comprenant les problèmes de la vie des autres : elle recueille déjà les fruits de ces efforts en réalisant une percée notable chez les femmes, jusqu’ici allergiques à l’extrême droite du père.

Par ailleurs, elle a tenté de se donner une respectabilité économique inédite, en proposant un programme précis. Le résultat a été désastreux mais l’intention est claire : contrairement à son père, Marine Le Pen veut le pouvoir, à terme naturellement, et tente donc de se construire une image de présidentiable éligible.

Derrière ces figures de style se loge cependant l’essentiel. Il s’agit toujours d’extrême droite, une extrême droite changeante mais immuable, une extrême droite contemporaine : nationalisme agressif, prétention au monopole du patriotisme, xénophobie masquée mais affleurant (obsession de l’immigration et de l’intégrisme) instrumentalisation intense de l’insécurité, anti-élitisme forcené, haine de l’Europe, détestation du capitalisme, récupération méthodique et habile de toutes les souffrances sociales et de toutes les anxiétés ambiantes.

Par-dessus tout elle agite le thème porteur de l’antisystème, façon d’afficher justement la rupture en surfant sur les peurs. Cette nouvelle panoplie (dont on retrouve cependant aisément les racines dans l’idéologie des Ligues des années 30) présente deux caractéristiques majeures : elle lui permet de conquérir la première place en milieu ouvrier, de s’enraciner dans la France populaire. Elle peut ainsi prétendre incarner le parti du prolétariat.

Cette nouvelle extrême droite se diffuse par ailleurs partout en Europe, notamment parmi les petits pays. Cet ultranationalisme prolétarien progresse. La France est désormais sa vitrine.

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