vendredi, 27 avril 2012

Le manège de sarkhollande n'enchante plus les Marseillais !

Marseille : les électeurs FN devant le "manège Sarkozy-Hollande"

 


 

Publié le jeudi 26 avril 2012 laprovence.com

 

Virée à la Capelette, à Marseille, où Le Pen a réuni 27, 2 % des voix au 1er tour.

Il n'y a qu'à s'arrêter. Sortir un stylo, tendre un micro imaginaire"Enfin, vous allez parler de nous. On n'est pas difficile à trouver, il n'y a qu'à se pencher pour cueillir les fleurs bleues Marine." Au Front national, Mireille pourra faire ministre des poèmes de rue. L'avenue de la Capelette où elle est née et finit son café a juste ce qu'il faut pour l'inspirer.

Les politiques appellent ça "un quartier en mutation." Autour d'une chaussée défoncée où slaloment les scooters énervés entre les voitures mal garées, des façades vieillotes. Immeubles défraîchis, devantures d'un autre âge, anarchie des enseignes, graffitis sur les murs et ordures accrochées dans les hautes herbes. De temps à autre, sur ce long fil gris qui s'étire vers les quartiers Est, une résidence toute neuve, nom bucolique, blanche comme des dents de lait. Mini ghettos pour classes moyennes étranglées par les prix de l'immobilier, déçues par le paysage urbain.

"Ça vous étonne que le FN soit en tête ici ? interroge sans rire Freddy en sortant du supermarché discount. C'est sale, c'est mal foutu, on ne sort pas le soir pour ne pas se faire insulter ou tabasser et on paye, on paye. C'est normal que les gens votent Le Pen." Lui ne dit pas Marine comme les autres, il n'est pas "front de la dernière heure. Ça fait des années que c'est comme ça. Il faut nettoyer."

Avec 27,2 % des voix au premier tour de la présidentielle, dimanche, l'extrême droite a réalisé dans ce 10e arrondissement son meilleur score marseillais. A égalité avec le 11e, dix points au-dessus de la moyenne nationale. Maurice promène son chien dans l'enclos réservé du jardin Azais. Lui aussi a voté FN. Quand on lui demande pourquoi, il pointe simplement du menton la boucherie halal d'en face, évoque le fast-food un peu plus loin, lui aussi halal. "En plus, ils vont les faire voter", grogne-t-il. Et lorsqu'on se hasarde à pronostiquer un second tour, à relever les cajoleries des qualifiés PS et UMP en direction des électeurs frontistes, la sanction tombe. "Je resterai chez moi. Le manège de Sarkozy et Hollande, pas grand monde ne montera dessus, croyez-moi."

Le périple se poursuit en direction de l'hippodrome Pont-de-Vivaux. A l'arrêt de bus, visages fermés. Ceux de Morgan et Thierry, trentaine sportive, s'éclairent. L'un est au chômage, l'autre carrossier. "Ben oui on a voté Marine. Comme tout le monde. Ben... non on ne votera pas au second tour. Ou blanc." Eux se fichent pas mal des discours alarmistes sur l'immigration, des polémiques sur fond de burqa. "C'est le système économique, trop libéral, qui est mort, avance Thierry. Il faut arrêter avec l'Europe qui décide de tout. Sarkozy, Hollande et les autres croient que ça peut durer et qu'on va continuer à dormir." Morgan acquiesce en tirant sur son joint. Cabas en main, une dame s'est rapprochée doucement. "Il faudra bien choisir. Sarkozy n'est pas si mal. Il saura tenir le pays. Sans doute moins que mademoiselle Le Pen, mais si vous ne votez pas, ce sera la gauche, alors." Morgan sourit, rallume ses brindilles d'herbe serrées.

Changement de trottoir. Mickaël s'engouffre dans sa voiture en riant. "J'ai voté PS, je le dis parce que je dois être le seul dans mon immeuble. Ici, c'est Marine, Marine, Marine." La résidence est coquette. Récente. Henri Corleo a sorti ses clés, mais s'arrête, heureux de "pouvoir dire ce que je pense. J'ai voté Sarkozy en 2007 et avant, Chirac. La droite a perdu la tête avec la mondialisation. Que fait l'État ? Il regarde vers la Chine et ne nous voit plus. On est devenu quantité négligeable."

Pas de haine ni même d'amertume dans son propos. "Marine Le Pen ne dit pas que des bonnes choses, c'est sûr. Mais j'ai l'impression qu'elle nous écoute, qu'elle tentera un truc." On est loin, du simple vote protestataire. A la Capelette comme ailleurs, le paravent sémantique a sauté avec les tabous. Plus encore que le second tour de la présidentielle, ce sont les législatives de juin qui s'amoncellent. Avant l'orage ?

 

 

 

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