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vendredi, 16 mars 2012

Sarkhouillon et autres boulettes présidentielles

Le Point.fr - Publié le 16/03/2012 

REPORTAGE. Dans la Marne, le président-candidat a cogné sur Hollande et tenté de charmer les journalistes.

Nicolas Sarkozy a visité l'usine de bronze de Suippes lors de son déplacement dans la Marne.

Nicolas Sarkozy a visité l'usine de bronze de Suippes lors de son déplacement dans la Marne. © Chamussy / Sipa

Faussement décontracté. Nicolas Sarkozy a pris soin jeudi dans la Marne de plaquer sur ses lèvres le sourire des bons jours. Il avait, pour sa journée, trois objectifs stratégiques. 1) Nous convaincre, nous, journalistes, qu'il est hyper confiant. 2) Cogner sur François Hollande pour imposer un duel et tenter de sortir de l'élection-référendum pour ou contre Sarkozy. 3) Essayer de retrouver avec les journalistes la connivence de la campagne de 2007.

Dès qu'il est arrivé devant l'usine de bronze de Suippes, son obsession première a été de nous faire croire qu'il y croyait. "Il fait beau", a-t-il déclaré de façon volontairement équivoque. C'est vrai que le soleil brillait, mais la seule météo qui compte vraiment aux yeux de Sarkozy, c'est celle des sondages... Est-ce parce qu'ils sont mauvais pour lui depuis le début de la campagne que, jusqu'à maintenant, il se retenait de les commenter ?

"Il y a des candidats qui s'énervent"

Jeudi, il a voulu faire comme si la peur avait changé de camp. Il pense que la gagne est une attitude auto-réalisatrice. Dès que les micros se sont tendus vers lui, et avant même que les journalistes ne lui parlent de Hollande, il a fait le malin. "En tout cas, il y a des candidats qui s'énervent... Il doit pas faire bon pour tout le monde'', a-t-il affirmé. Une journaliste lui a alors posé la question qu'il attendait : "À quel candidat pensez-vous ?" Minauderie de Sarkozy : "Au même que vous !" Le président fait entendre un petit rire avant de s'éloigner des micros, content de son effet.

Sourire, donc, du début à la fin du déplacement. Il s'agissait pour Nicolas Sarkozy de mettre les médias devant le fait accompli - la contraction de ses zygomatiques ! - et de les obliger à dire que la campagne connaît un tournant. De ce point de vue, c'est assez réussi. Il faut dire qu'il s'est donné du mal. À l'intérieur de l'usine, alors qu'il faisait très chaud parce que les fours à bronze marchaient à plein régime, il s'est attardé avec les journalistes pour leur parler du dernier meeting de Hollande, mercredi soir, à Marseille. ''J'ai vu les images, il avait un masque", a commenté le président en mimant le visage prétendument allongé par l'angoisse de son concurrent.

Puis il s'est moqué de l'appel de Hollande au vote utile. "S'il fait ça deux mois avant une élection, qu'est-ce qu'il dira une semaine avant ? Faut lui dire, c'est encore long, hein. Deux jours de mauvais sondages et il est comme ça, qu'est-ce que j'aurais dû dire, moi ? Faut pas s'exalter quand ça va bien et s'énerver quand ça va mal." Si Sarkozy voulait provoquer Hollande pour l'énerver vraiment, il ne ferait pas autrement. Sa nouvelle stratégie, c'est de défier son rival. Aussi a-t-il, jeudi, cogné sur lui et sur ses propositions avec une virulence toute particulière.

Complicité un peu familière

Du reste, il n'a pas malmené que Hollande, puisqu'il a traité un journaliste de "couillon". Ces images ont provoqué un buzz sur Internet. Pour de mauvaises raisons. Cette séquence mérite d'être décryptée. Un journaliste a interrogé Sarkozy sur l'usage des gaz lacrymogènes contre les ouvriers de Florange qui voulaient être reçus à son QG. Réponse de Sarkozy : "Qu'est-ce que vous voulez que j'aie à foutre de ce que vous me dites ?" C'est ensuite qu'il lâche : "Quel couillon, va !" Tout de suite, il tapote l'épaule du journaliste, lui dit qu'il est jeune et sympa, lui demande son âge. Le mot ''couillon'' est évidemment maladroit, mais c'est une rodomontade à la tonton flingueur, pas une agression.

D'ailleurs, ce qui est frappant avec Sarkozy ces temps-ci, ce n'est pas qu'il parle mal aux journalistes, mais plutôt l'inverse - et ce n'est pas mieux : il a un mot charmeur, presque enjôleur, pour chaque représentant des médias, homme ou femme. Comme s'il cherchait à nous imposer une forme de complicité un peu familière. Tout en la justifiant. Jeudi, il nous a pris à témoin de ses efforts pour nous séduire : ''Tant qu'à passer du temps ensemble, autant que ce soit agréable'', nous a-t-il fait valoir. Ce n'est pas de l'amour, c'est de l'amour vache. D'où le ''couillon''. Sachant que le vrai problème dans cette séquence, c'est moins le vocable "couillon" que l'expression : "Qu'est-ce que vous voulez que j'aie à foutre ?" Il faudrait savoir : Nicolas Sarkozy veut faire - et rester - président, oui ou non ?

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