25.01.2012
Victoire de Sarkozy ? Même lui n'y croit plus !
Nicolas Sarkozy : la possibilité d’une défaite
Alors que les sondages lui prédisent une débâcle, Nicolas Sarkozy évoque l’éventualité d’un échec en mai et prévient qu’il arrêterait alors la politique. Mais, en attendant le verdict des urnes, il assure qu’il ne lâchera rien!
Frédéric Gerschel et Nathalie Schuck | Publié le 25.01.2012, leparisien.fr
Marseille (Bouches-du-Rhône), hier. Nicolas Sarkozy envisage ouvertement la possibilité d’une défaite à la présidentielle. Mais, « il se battra comme un lion », prévient son entourage. | (LP/Olivier Corsan.)
Le démon de la politique aurait-il abandonné Nicolas Sarkozy? Alors que les mauvaises nouvelles économiques s’accumulent, que le chômage flambe, que les sondages lui prédisent une déroute contre François Hollande, quelques confidences lâchées récemment en petit comité instillent aujourd’hui le doute dans son camp.
Sans tourner autour du pot, le chef de l’Etat envisage désormais clairement la possibilité d’une défaite. Et, dans ce cas de figure, il affirme qu’il jettera l’éponge. Une fois pour toutes : « Oui, c’est une certitude. J’ai 56 ans. La politique, j’en fais depuis trente-cinq ans, j’aurai été président de la République », argumente-t-il. Si les électeurs en décident ainsi, « je mènerai une autre vie, poursuit-il. J’ai un métier, je suis avocat, je suis passionné par tout un tas de choses. Vous voulez que je fasse quoi? Que j’anime la section de l’UMP? »
Depuis longtemps, Nicolas Sarkozy a observé de près comment ses prédécesseurs ont « surmonté » leurs échecs, leurs défaites, s’étonnant par exemple que, trente ans après, Valéry Giscard d’Estaing refuse toujours de remettre les pieds à l’Elysée. Et il en a tiré une leçon : « Franchement non, je ne continuerai plus la politique, je changerai de vie complètement. Vous n’entendrez plus parler de moi! » Et d’insister : « Je me sens comme si j’avais 22 ans. On peut voyager, je peux prendre des responsabilités dans d’autres domaines, commencer mes semaines le mardi matin et les finir le jeudi soir, je vois ça très bien. L’aiguille (NDLR : sous-entendu la perfusion de la politique qui agit comme une drogue), il faut la retirer progressivement. »
Comment gérera-t-il la déception s’il n’est pas réélu? En voudra-t-il aux Français? « Non, dit-il, c’est la règle! C’est exactement comme si vous pensiez que je dois en vouloir au Bon Dieu si je tombe malade ou si je meurs un jour. C’est la vie, réveillons-nous! Je serai, quoi qu’il arrive, le privilégié qui aura pu, pendant un temps, avoir la confiance des gens, que ce soit pour cinq ou dix ans. » Nicolas Sarkozy jure qu’il relativise : « C’est moi qui dois aux gens d’être là, ce n’est pas eux qui me doivent quelque chose. Ce n’est pas une formule, je le crois profondément. Je suis reconnaissant aux Français de m’avoir laissé gouverner de manière apaisée. Je n’ai retiré aucun texte. Nous n’avons connu aucune situation de blocage, eu aucune violence. A part la taxe carbone, je ne vois pas une réforme à laquelle j’ai dû renoncer », égrène-t-il à l’heure du bilan.
Ce n’est pas la première fois que Nicolas Sarkozy envisage l’après-2012. Et qu’il parle de lui au passé. Mais, contrairement à ce que pourraient laisser croire ces confidences savamment distillées, le chef de l’Etat n’a renoncé à rien. Ni à être candidat à sa succession — sans doute le plus tard possible — ni à la possibilité d’un second mandat qu’il voit « très différent du premier ». Persuadé qu’il reste le meilleur, il juge François Hollande sévèrement. « Un homme habile, mais sans consistance, sans idées, sans convictions », dit-il fréquemment. L’histoire politique de la Ve est faite de « surprises », fait-il souvent remarquer. Giscard, Rocard, Balladur, Jospin, autant de « favoris » qui ont finalement mordu la poussière : « Ça ne se passe jamais comme on croit. »
A tous ceux qui l’enterrent trop vite, il lance cet avertissement : « Je reçois un accueil fantastique partout, je suis même étonné. Vous n’imaginez pas la passion qu’il y a dans ce pays, la lucidité des Français. C’est le peuple le plus politique du monde, ils savent qui ment, qui joue, qui compose, cela se jouera sur l’authenticité. » Il reste désormais moins de quatre-vingt-dix jours au président pour retourner une situation compromise. « Il se battra comme un lion », prévient son entourage.
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