vendredi, 28 octobre 2011

Le sommet du 26 octobre ? Sarkozy au sommet de son art de l'esbrouffe !

Le vrai-faux sauvetage de la zone euro

Le sommet du 26 octobre devait être le dernier pour résoudre la crise. Il pourrait au contraire marquer le début d'un long chemin.

lepoint.fr 28/10/12

 

Le vrai-faux sauvetage de la zone euro

Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont accouché aux forceps d'un accord. © Benoit Tessier / Reuters / Reuters

 

 
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Ce devait enfin être le sommet européen capable de juguler la crise. Après l'échec du plan de sauvetage du 21 juillet, celui du 26 octobre devait stopper la spirale qui menace depuis des mois l'existence même de la monnaie unique. Nicolas Sarkozy n'avait lui-même cessé d'en dramatiser les enjeux, estimant que "l'avenir de l'Europe" était en jeu.

 

Sur le papier, le résultat est plutôt encourageant. Les dirigeants européens se sont enfin résolus à adopter la stratégie longtemps jugée gagnante par nombre d'observateurs : ils ont desserré l'étau de la dette grecque en effaçant 50 % des créances détenues par les banques. Ils ont accepté la recapitalisation de ces dernières pour leur permettre d'encaisser les chocs. Ils ont surtout élargi le fameux pare-feu destiné à éviter que l'incendie grec ne se propage à toute la zone euro : la capacité d'action du fameux Fonds européen de stabilité financière (FESF) doit passer de 440 milliards d'euros à 1 000 milliards. Trois mesures censées garantir qu'aucun autre pays ne demandera plus de remise de dette aux investisseurs privés. Les Européens s'y sont engagés collectivement.

 

Cette solution interdite

 

Les marchés peuvent-ils leur faire confiance ? Non, répond l'hebdomadaire britannique The Economist. "En pleine lumière, impossible de ne pas voir les failles du plan de sauvetage." Le jugement est sans appel : "Les Européens ont encore une fois échoué." Eric Dor, directeur de la recherche à l'École supérieure de commerce et de gestion, se montre plus prudent : "C'est un pas dans la bonne direction mais ce n'est pas suffisant." Sur le fond, le constat est toutefois le même : "L'Europe a toujours une guerre de retard (...) On a laissé la contagion se propager à l'Espagne et à l'Italie. Il aurait fallu aider davantage la Grèce dès le départ et restructurer sa dette. Maintenant, le coût sera plus élevé." La faute notamment aux traités européens qui interdisent à la BCE de racheter de la dette publique lors de leur émission, ce qui revient de fait à créer de la monnaie pour financer les États. Il suffirait pourtant qu'elle le fasse pour que "la spéculation cesse immédiatement", estime Eric Dor.

 

Pour remplacer la principale arme dont dispose la banque centrale des États-Unis, les Européens comptent sur le FESF et ses "1 000 milliards d'euros". Problème, "parler de 1 000 milliards d'euros de capacité de prêts relève d'un abus de langage", souligne Christian Saint-Étienne, professeur au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM)*. "Il s'agit d'un objectif mais les moyens d'y parvenir ne sont absolument pas donnés." La directrice générale du Fonds monétaire international, Christine Lagarde, le reconnaît dans des termes très diplomatiques : "Au cours de la période à venir, il importera de préciser davantage les modalités du fonctionnement de ce FESF renforcé et de la mobilisation des concours dans les proportions envisagées", écrit-elle dans son communiqué post-sommet.

 

Un pare-feu encore fictif

 

L'idée des Européens est d'utiliser l'argent encore disponible - 250 milliards d'euros, une fois déduits les engagements pour aider les pays sous perfusion de la zone euro et du FMI - pour démultiplier sa force de frappe en garantissant une partie de la dette des États en difficulté, y compris l'Espagne et l'Italie, lors de son émission. L'autre option est de faire appel à des bailleurs de fonds internationaux (la Chine serait sur les rangs). Encore faut-il trouver des volontaires... Car, comme le souligne Christian Saint-Étienne, l'Allemagne et la France sont les deux principaux piliers du FESF. Et l'Hexagone, engagé à hauteur de 200 milliards d'euros de garanties, pourrait se révéler moins solide qu'il n'en a l'air. S'il venait à perdre son précieux AAA, la meilleure note souveraine décernée par les trois grandes agences de notation, le FESF s'effondrerait comme un château de cartes.

 

L'irréductible dette grecque

 

Quant à la Grèce, elle est loin d'être tirée d'affaire. Selon les Européens, la dette du pays sera réduite de 100 milliards d'euros grâce à la participation accrue des banques. Mais Georges Ugeux, ancien vice-président exécutif international du New York Stock Exchange et patron d'une mini-banque d'affaires internationale, soupçonne les Européens de "maquiller les chiffres". Selon ses calculs, les banques européennes ne détiennent que 81 milliards d'obligations grecques. Une fois déduit l'effort à fournir par les banques grecques elles-mêmes - qui devront être nationalisées pour encaisser le choc -, ce chiffre tombe à 32 milliards. Avec la décote de 50 % décidée mercredi, l'effort des banques n'est plus que de 16 milliards... sur une dette totale de 350 milliards ! Pas une goutte d'eau, mais presque ! Les autres créanciers, eux (BCE, FESF, Asset manager, hedge funds, autres banques centrales), ne participent en rien à l'effort. "Il aura fallu toutes ces discussions pour ne rien mettre sur la table ; je tombe des nues", lâche Georges Ugeux. Les Européens le reconnaissent eux-mêmes, la dette publique grecque ne devrait revenir à 120 % du PIB qu'en 2020. "Soit autant que la dette italienne actuelle, dont on nous dit déjà qu'elle est intenable", souligne Eric Dor.

 

Un autre risque se profile. La recapitalisation à marche forcée des banques européennes, qui doit s'achever en juin 2012 et non plus 2017, pourrait déclencher une raréfaction du crédit et amplifier le plongeon de la croissance. Car pour accroître leurs fonds propres, les banques seront tentées de conserver l'argent destiné au financement de l'économie.

 

Le péché originel de l'euro

Plus grave encore, "l'euro, tel qu'il est conçu actuellement, n'a plus de sens", s'inquiète Eric Dor. Pour que la monnaie unique survive, "il faut à tout le moins un fédéralisme fiscal" susceptible de combler les écarts de compétitivité qui se sont creusés au cours des années entre les différents pays, explique l'économiste. Mais les Européens commencent à peine à effleurer le sujet. En attendant, la France va devoir relever le défi de sa compétitivité, prévient Christian Saint-Étienne. Faute de quoi, son AAA est condamné et le FESF avec. Le sommet européen a sans doute permis à Nicolas Sarkozy d'acheter un peu de temps, en calmant provisoirement les marchés. Jusqu'aux élections.

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