07.09.2010
Vienne, les filles en hidjab ont leur candidat, les patriotes autrichiens le leur...
Autriche : duel entre l'extrême droite et la gauche pour la mairie de Vienne
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Vienne Correspondante
Le visage est lisse, le sourire éclatant et, sur les affiches électorales, les yeux sont aussi bleus que la couleur fétiche du Parti de la liberté, le FPÖ. Heinz-Christian Strache, le jeune chef de l'extrême droite autrichienne, joue de son air avenant et de sa silhouette musclée dans les salles de gym pour défier le maire et gouverneur de la capitale, Michael Häupl, bientôt 61 ans, qui assume avec bonhomie ses rondeurs et vante la formule qui a fait son succès : services publics, ouverture internationale, harmonie entre les communautés.

Heinz Christian STRACHE, candidat de la droite nationale autrichienne.
L'objectif du FPÖ : briser, lors des élections municipales du 10 octobre, la majorité absolue du Parti social-démocrate (SPÖ) à Vienne, que M. Häupl, maire depuis 1994, a su lui donner en 2001, comme une revanche de la "Vienne rouge" sur le gouvernement droite-extrême droite alors au pouvoir, puis confirmer en 2005. Alors affaibli par la scission de son tribun le plus connu, Jörg Haider, le FPÖ était tombé à 14,8 % des suffrages. Il devrait regagner cette fois la seconde place, les sondages lui donnant entre 20 % et 23 % des intentions de vote, devant le parti conservateur ÖVP (16 % à 18 %).
Pour gagner son pari, l'extrême droite doit continuer à attirer les jeunes - elle a séduit 33 % des électeurs de 16 à 29 ans aux législatives de 2008, quand 14 % seulement de cette tranche d'âge ont voté SPÖ - sans effrayer les retraités qui constituent, dans cette ville de 1,7 million d'habitants, les gros bataillons de l'électorat social-démocrate. Il lui faut aussi décliner la thématique de la xénophobie sans se marginaliser au sein d'une population viennoise dont plus d'un tiers est originaire d'autres pays que l'Autriche.
Le slogan retenu par le FPÖ pour sa campagne viennoise ne manque pas d'habileté : "Mehr Mut für unser "Wiener Blut"" (plus de courage pour notre "sang viennois"). Il utilise le titre d'une célèbre valse de Johann Strauss, qui fait battre le coeur de tous les Viennois à la saison des bals, pour lui donner aussitôt un sens moins poétique : "Trop d'étranger ne fait de bien à personne", précise l'affiche invitant à voter "HC Strache". La cible, ce ne sont pas les étrangers en général, car le FPÖ encourrait alors les foudres de la loi, mais l'excès d'étrangeté, qui menace un consensus et un mode de vie.
Car les étrangers ne suscitent pas forcément l'hostilité de l'extrême droite. M. Strache courtise beaucoup les Serbes orthodoxes - la plus forte communauté à Vienne après les Allemands et devant les Turcs -, se montre volontiers à leurs fêtes et proteste avec vigueur contre l'indépendance du Kosovo. Il parle aussi avec une indulgence assez nouvelle, au risque d'irriter la frange la plus radicale de ses partisans, des "étrangers qui se comportent bien", ceux qui se lèvent tôt et ne troublent pas l'ordre public : "Nous sommes pour tout immigré qui sait parler allemand et a un emploi régulier", a-t-il souligné la semaine dernière.
"Adieu mosquée !"
L'atténuation de son discours n'empêche pas "HC" de s'appuyer sur son aile extrémiste : le numéro deux de la liste du FPÖ à Vienne, le jeune Johann Gudenus, fréquente la scène néo-nazie et des débats sur les thèses révisionnistes concernant la Shoah. Des militants socialistes qui voulaient distribuer leurs tracts à l'entrée d'une réunion de M. Strache ont vu débouler des individus aux crânes rasés, dont certains sont fichés par les services de police comme de dangereux skin-heads, mais font apparemment office de service d'ordre.
Les mêmes milieux radicaux se mobilisent contre une trop grande visibilité de l'islam. Les déclarations du chef de la communauté musulmane autrichienne - 500 000 personnes sur 8,3 millions d'habitants -, qui a réclamé, fin août, une mosquée dotée d'un minaret dans la capitale de chacun des Länder autrichiens, ont déchaîné sur Internet les commentaires furibonds de l'extrême droite.
Tout comme l'initiative de la plus grande entreprise laitière de Basse-Autriche, qui a commencé à distribuer, dans 300 supermarchés fréquentés par la communauté turque, des packs de lait portant la mention du produit en allemand mais aussi en turc. Le petit mot "süt" (lait) a indigné une partie de l'opinion autrichienne, à l'heure où le déficit linguistique des enfants d'immigrés turcs devient un problème dans nombre d'écoles.
L'Eglise catholique s'est quant à elle émue de voir le FPÖ de Styrie, où auront lieu des élections régionales fin septembre, se servir pour sa propagande d'un jeu sur Internet mis au point par une agence de communication impliquée, en Suisse, dans la récente campagne anti-minarets. Sous le titre "Moschee Baba !" (Adieu mosquée !), le parti d'extrême droite incitait à supprimer sur l'écran minarets et muezzin. Le FPÖ styrien a dû retirer ce jeu, remis depuis en ligne sur des sites d'extrême droite.
Sans surprise, la communauté musulmane viennoise votera plutôt SPÖ. A son meeting d'ouverture de campagne, samedi 4 septembre, en présence de 7 000 militants et de ministres du gouvernement de coalition, M. Häupl a reçu le soutien du maire de Paris, Bertrand Delanoë, mais aussi d'un essaim de jeunes filles en hidjab, qui entouraient "leur" candidate, Gülsum Namaldi. Arborant fièrement son foulard, la jeune femme appartient à une génération qui a grandi dans la "Vienne rouge" et s'y sent respectée.
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