06.09.2010
Is n'ont rien compris !
Dans moins d'un mois, on fêtera, si l'on ose dire, le deuxième anniversaire de la faillite de Lehman Brothers, qui a provoqué la catastrophe qu'on sait : la plus grave crise financière et économique depuis la Grande Dépression des années 1930.
"Plus jamais ça". C'est le cri unanime que lancèrent, dès novembre 2008, lors du sommet du G20 de Washington, les chefs d'Etat de la planète, relayant la colère de leurs opinions publiques. Ils promirent de réformer de fond en comble le système bancaire mondial. Et de faire "rendre gorge" aux banquiers, pour reprendre la formule d'Olivier Besancenot.
Près de deux ans ont donc passé. Les banques ont renoué avec des profits mirifiques, les hedge funds spéculent comme jamais, les traders perçoivent de nouveau des bonus à faire pâlir d'envie des footballeurs. Le rêve d'un grand soir de la finance mondiale - sous la forme, par exemple, d'une nationalisation des établissements de crédit - s'est vite envolé. Les Etats, dès qu'ils en ont eu l'occasion, se sont désengagés des banques qu'ils avaient sauvées de la faillite en y injectant de l'argent public.
Plutôt que de construire un nouvel édifice, les responsables politiques et monétaires des pays occidentaux ont préféré rénover l'ancien pour le rendre plus solide. C'est à quoi se sont attelés les régulateurs américains et européens, avec l'appui des experts du Conseil de stabilité financière, à Bâle. On aurait tort de minimiser le travail qu'ils ont effectué, même si les résultats peuvent apparaître peu spectaculaires et très techniques. Les normes prudentielles ont été renforcées, comme l'a aussi été la supervision des produits financiers à risques, des taxes sur les profits ont été instaurées, la course au gigantisme a été enrayée, les opérations purement spéculatives des banques ont été rendues plus difficiles.
Preuve que les choses ont bougé : les grandes banques d'affaires américaines réfléchissent déjà à restructurer leurs activités pour s'adapter au nouvel environnement réglementaire.
Pouvait-on aller plus loin ? De nombreux dirigeants politiques occidentaux en sont persuadés, qui auraient voulu "punir" les banques. Ce n'était pas l'ambition des régulateurs : plutôt que d'ériger un nouveau système financier mondial, ils ont d'abord cherché à élaborer des mesures pour tenter d'en éviter les dérives et les excès.
Ils se sont aussi heurtés à une limite naturelle. Faire en sorte que les nouvelles règles, plus dures, entravent le moins possible la distribution de crédit et le financement de l'économie. "Saigner" les banques, c'eût été à coup sûr tuer la reprise.
Le nouveau cadre réglementaire suffira-t-il à éviter de futures crises des subprimes ? Probablement non. Dans vingt ans, trente, ou plus, de nouveaux produits financiers toxiques auront été inventés, manipulés par de nouvelles générations de banquiers imprudents pour qui la faillite de Lehman ne sera qu'une leçon apprise à l'école. On aimerait être moins fataliste, mais on craint de n'être que réaliste.
Source Le Monde 6 septembre 2010
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