30.06.2010
Entretien
Les Le Pen passent à l'attaque
Dans un entretien exclusif, le président du Front national et sa fille Marine affichent leur commune détermination.
France-Soir. Si vous deviez décrire la situation de la France aujourd’hui…
Jean-Marie Le Pen. Hélas, c’est simple : tous les indicateurs, sans aucune exception, sont au rouge. Et on ne voit pas, avec ce gouvernement, d’où pourrait venir le rebond.
F.-S. Vous avez habitué les Français depuis trente ans à vos descriptions…
J.-M. L. P. Vous allez dire : apocalyptiques.
F.-S. Exactement !
J.-M. L. P. Mais n’est-ce pas la vérité ? Je n’y peux rien : quand un monde se décompose, ça sent.
F.-S. Quelle comparaison vous vient à l’esprit ?
J.-M. L. P. Cela ressemble à la fin de la IVe République, en plus grave car la crise est là, et avec quelle violence !
Marine Le Pen. Moi, je pense plutôt aux prémices de la Révolution française. On est en 1788. Avec des dirigeants aux privilèges exorbitants totalement coupés du peuple.
J.-M. L. P. On a refusé la proportionnelle, qui est le seul système démocratique. Au Parlement, le pays vrai n’est plus représenté. Et on s’enfonce, de scandale en scandale, des cigares de Christian Blanc à l’affaire Woerth.
F.-S. Les polémiques qui visent Eric Woerth ne sont-elles pas démesurées, ressemblant surtout à une « chasse à l’homme » ?
J.-M. L. P. L’affaire Woerth, ne vous y trompez pas, est très dangereuse pour le gouvernement. Faire dire par ses amis qu’il est un honnête homme, ce n’est pas suffisant… Il y a quand même des incompatibilités qui sont évidentes entre trésorier d’un parti et ministre du Budget.
« A droite, on dirait des oiseaux affolés dans une volière »
F.-S. Un contrôle fiscal vise l’ensemble de la fortune de Liliane Bettencourt…
J.-M. L. P. Il était temps. Ce n’est plus un bouclier fiscal, ça devenait une armure fiscale !
M. L. P. Voyez les réactions que l’affaire provoque. Certes le PS, sauf ceux de ma génération, est étonnamment discret. Mais, à droite, on dirait des oiseaux affolés dans une volière !
J.-M. L. P. Pendant ce temps, dans les banlieues, dans le pays tout entier, la peur s’installe. On laisse victimes et témoins à la merci des voyous. Partout des menaces, partout des violences. L’immigration est en train de « plier » la France. Ils sont en train de gagner…
M. L. P. Sur certains marchés, on nous appelle les « faces de craie » !
J.-M. L. P. Il n’est même pas possible de faire une simple allusion à la couleur de la peau : c’est interdit. L’Etat est paralysé par la religion de l’antiracisme. Tout le système de protection nationale est pris à contre-pied. Avant, pour les brigands, c’était la peur du gendarme. Aujourd’hui, c’est la peur que ressent le gendarme.
F.-S. Votre réponse, c’est quoi ? Toujours plus de répression ?
J.-M. L. P. En 2002, j’avais fait campagne pour 100.000 places de prison supplémentaires. Aujourd’hui, il y a 62.000 personnes qui s’entassent, dans des conditions parfois indignes, dans 50.000 cellules. Et les jeunes qui arrivent n’échappent pas toujours, tant s’en faut, au viol. Eh bien, savez-vous combien il y a de détenus aux Etats-Unis, même si leurs traditions sont différentes des nôtres ? 2,4 millions !
M. L. P. Ce qui s’impose, c’est une révolution patriotique.
F.-S. Cela signifie quoi ?
M. L. P. Construire des prisons, rétablir la double peine, déchoir de la nationalité les assassins…
J.-M. L. P. Rétablir la peine de mort et une réelle peine de prison à perpétuité.
M. L. P. Et aussi rétablir la présomption de légitime défense pour les forces de police.
J.-M. L. P. En France, nous ne sommes pas loin de la situation de la Jamaïque, où l’on vient d’assister à une véritable transfert de souveraineté entre la police – débordée – et la mafia, qui fait la police.
F.-S. Votre fille Marine est candidate à votre succession et bientôt candidate à la présidence de la République. Diriez-vous qu’elle vous bluffe ?
J.-M. L. P. Si elle me bluffe ? Un peu, oui ! Elle a les qualités nécessaires et j’espère suffisantes pour assumer demain les fonctions auxquelles elle aspire : d’abord, la présidence du Front national, ensuite une candidature à l’Elysée. Mais elle n’est pas moi. Elle a son propre vécu, comme on dit. (Marine Le Pen s’éloigne quelques instants, NDLR.)
F.-S. Quelles sont, selon vous, ses qualités ?
J.-M. L. P. Elle en a, des qualités ! Marine a les qualités physiques, mentales, psychologiques, intellectuelles, affectives, caractérielles nécessaires. Il ne faut pas sous-estimer la charge que représentent ces combats-là, et elle s’est entraînée à cela. Pour « y aller », il faut en avoir envie, il faut avoir la niaque. Et puis il faut regarder les choses en face : ça l’amène à sacrifier une partie de sa vie. Mais elle est une chance pour la France.
F.-S. Car, à votre sens, elle peut l’emporter en 2012 ?
J.-M. L. P. Bien sûr.
F.-S. Votre fille serait donc au second tour ?
J.-M. L. P. Oui. Et si elle bat Martine Aubry, ce serait, pour moi, l’aboutissement de cinquante ans de combat.
F.-S. Dans votre scénario, elle gagnerait alors que vous avez toujours perdu…
J.-M. L. P. La victoire de Marine, je la vivrais comme une joie profonde.
M. L. P. Moi, ce que je vise, c’est la victoire au second tour. La présidence du FN, c’est, pour moi, le premier étage de la fusée présidentielle.
F.-S. Et si le candidat du PS était Dominique Strauss-Kahn ?
M. L. P. Au premier tour, ce serait, pour nous, un meilleur candidat, car il ne ferait pas le plein au PS. Mais, au second tour, une partie de l’UMP et les bobos de droite se rallieraient à lui, puisqu’ils considèrent – et ils ont raison d’ailleurs – qu’il a le même programme que Sarkozy.
« Malheur aux peuples dont les chefs ont la main molle ! »
F.-S. Encore faut-il, M. Le Pen, que votre fille, pour commencer, devance Bruno Gollnisch, son rival pour la présidence du FN !
J.-M. L. P. Il ferait demain un très bon ministre des Affaires étrangères. Il a une culture très vaste, des convictions très établies, une vie exemplaire…
F.-S. Il a l’ancienneté pour lui !
M. L. P. Détrompez-vous : ma première carte officielle du FN remonte à 1987. Lui, c’est 1988. Je peux même dire qu’avec l’attentat qui a ravagé l’appartement de notre famille dans le XVe, alors que j’avais 8 ans, je suis encore beaucoup plus ancienne que ça au Front. Je vais vous dire : Bruno est un homme extrêmement respectable dont j’aurai besoin, mais c’est un prof d’université, assez loin du terrain. La bonne question, c’est : qui, de nous deux, est le mieux placé pour porter loin les idées du Front ?
J.-M. L. P. Le problème de Gollnisch, c’est que ses amis sont extérieurs au Front, parce qu’ils l’ont quitté : Carl Lang, Bernard Antony, Jacques Bompard… Bruno veut organiser, comme il dit, le retour au bercail de toute l’extrême droite. Et puis il y a son ami Pierre Sidos (cofondateur de Jeune Nation et fondateur d’Occident, opposant de toujours au FN).
M. L. P. Moi, je n’entends, ni aujourd’hui ni demain, m’allier à l’UMP. En revanche, Bruno est beaucoup moins clair sur ce sujet. C’est un fait : ceux qui soutenaient Gollnisch et ont quitté le FN sont tous allés se vendre à l’UMP.
F.-S. Qu’est-ce qu’un profil de vrai chef, selon vous ?
J.-M. L. P. Malheur aux peuples dont les chefs ont la main molle, et malheur, plus encore, à ceux dont les chefs veulent être aimés !
F.-S. Pourquoi ? C’est mal ?
J.-M. L. P. Un chef doit être respecté et obéi. Etre aimé, cela n’a aucun sens.
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Commentaires
Très belle interview !
Écrit par : Victoire | 30.06.2010
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