27.06.2010

Retraites: le plus dur, la aussi, reste à venir.

FRANCE Une réforme des retraites qui a tout du mirage

Le 16 juin, le gouvernement a présenté son projet qui vise notamment à repousser l’âge du départ à la retraite. Des mesures bien trop timides au goût de The Economist.

18.06.2010 | The Economist / Courrier International

Le ministre du Travail Eric Woerth, 16 juin 2010

Le ministre du Travail Eric Woerth, 16 juin 2010

Le très attendu plan de réforme des retraites, présenté par le gouvernement français le 16 juin, est à la fois symboliquement fort et finalement décevant. Selon le projet dévoilé par Eric Woerth, le ministre du Travail, de la Solidarité et de la Fonction publique, l’âge légal du départ à la retraite en France devrait passer de 60 à 62 ans d’ici à 2018. Cette mesure ne suffisant pas à compenser le déficit du régime des pensions, le gouvernement a également prévu d’augmenter les prélèvements sur la tranche la plus élevée de l’impôt sur le revenu ainsi que la fiscalité sur les revenus liés au capital et à d’autres revenus financiers. Il prévoit également d’aligner les contributions des fonctionnaires sur le niveau du secteur privé d’ici à 2020.

La force symbolique de cette réforme est évidente. C’est François Mitterrand qui avait introduit la retraite à 60 ans au début des années 1980 comme le signe d’un progrès social. Cette mesure est restée un symbole tant pour la droite que pour la gauche. Martine Aubry, première secrétaire du Parti socialiste, a immédiatement qualifié le projet gouvernemental d’“irresponsable”, promettant de revenir sur cette mesure si un socialiste était élu en 2012. Les dirigeants syndicaux se sont également succédé pour dénoncer la réforme. Un appel à une journée d’action a été lancé pour le 24 juin. En tout cas, ce plan en dit long sur la détermination du gouvernement à retrouver à long terme le contrôle des dépenses publiques. Alors que la France affiche un déficit budgétaire important (8 % en 2010) – celui de la Grèce est de 9 %, celui de l’Allemagne de 5 % – et une dette publique estimée à 85 % du PIB cette année, le pays est sous la pression des agences de notation, et il est important pour le gouvernement d’envoyer un signal fort dans leur direction.

Ceci étant, la réforme annoncée est décevante à plusieurs niveaux. Tout d’abord, sachant l’impopularité de la mesure, Nicolas Sarkozy n’a pas osé augmenter de beaucoup l’âge de la retraite. Le projet français va beaucoup moins loin que les réformes du système des retraites entreprises dans le reste de la zone euro. L’Espagne, par exemple, a prévu de faire passer l’âge de la retraite à 67 ans d’ici à 2025. En France, il aurait fallu le fixer à au moins 65 ans pour opérer une véritable refonte du système. Ensuite, ce plan ne résout le problème des retraites que jusqu’en 2020. D’après les estimations de Laurence Boone, économiste à Barclays Capital à Paris, le déficit du système des retraites devrait se monter à près de 24,5 milliards d’euros d’ici à 2030. En d’autres termes, il ne s’agit que d’une mesure de rapiècement dans un système appelé à connaître de nouveaux réajustements. Enfin, les prévisions du gouvernement se fondent sur des données plus qu’optimistes quant à l’état de l’économie française. L’une d’elles concerne le taux de chômage, dont le niveau (10 % aujourd’hui) est censé être ramené à 4,5 % d’ici à 2021, ce qui constituerait un record inédit depuis 1978.

Le rééquilibrage du système des retraites d’ici à 2018 pourrait donc bien relever du mirage. Mais, quoi qu’il en soit, le gouvernement a bien calculé l’annonce de sa réforme pour qu’elle coïncide avec le début des vacances d’été, l’objectif étant de limiter les protestations, même si celles-ci pourraient se réveiller à la rentrée de septembre. Pour Nicolas Sarkozy, la réforme des retraites est la dernière grande priorité de son mandat avant la prochaine élection présidentielle. C’est également une occasion critique de démontrer sa capacité à changer les vieilles habitudes et à faire bouger les choses en France. Avec une cote de popularité au plus bas, Sarkozy n’a peut-être pas grand-chose à gagner à s’accrocher à son plan de réforme en dépit des contestations. Mais il n’a pas non plus grand-chose à perdre.

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